Bordeaux : du chauffage et du wifi gratuits grâce à des radiateurs-ordinateurs

   
La start-up a ainsi inventé un « radiateur-ordinateur », baptisé QH-1. Doté de micro-processeurs, il permet de réaliser des calculs informatiques et de chauffer une pièce. Les usagers ont ainsi accès à un chauffage écologique et 100 % gratuit ! Et en prime, il n’est plus nécessaire de climatiser les serveurs pour les refroidir. Un gain d’énergie considérable.  
    

« Plutôt que de concentrer la capacité de calcul dans un même endroit, on la disperse dans chacun de nos radiateurs. Nous sommes ainsi une alternative aux Data centers classiques et nous transformons un déchet numérique en ressource », complète-t-il.

Vous avez sûrement remarqué que votre ordinateur chauffe lorsque vous l’utilisez longuement ou que vous lui demandez d’exécuter une opération complexe ? Imaginez la chaleur qui se dégage d’un Data center, ces fermes de serveurs qui font tourner l’internet mondial… 
 
Depuis sa création en 2010, l’entreprise française Qarnot s’évertue à valoriser cette chaleur en la réutilisant pour chauffer des bâtiments. Le département de la Gironde, associé au bailleur social Gironde Habitat, s’est tourné vers cet acteur pour équiper un nouvel immeuble construit dans le nord de Bordeaux, qui hébergera des bureaux ainsi que 49 logements sociaux. Les premiers locataires devraient emménager d’ici mi-décembre.
 
Qarnot a déjà déployé environ 1 000 unités sur tout le territoire français, mais il s’agit d’une première dans un bâtiment neuf. Ce sont 346 radiateurs qui ont été installés, pour une surface totale de 4 800 m2. Seules les salles de bain n’en sont pas équipées, car ces chauffages ne sont pas adaptés à un environnement humide. 


Un chauffage écologique et gratuit
Bordeaux : du chauffage et du wifi gratuits grâce à des radiateurs-ordinateurs

« Les Data centers représentent 3 à 4 % de l’électricité utilisée en France. C’est un gâchis énergétique, sachant qu’en plus 30 à 40 % de l’énergie sert uniquement à refroidir les serveurs… », explique à We Demain Quentin Laurens de l’entreprise Qarnot.

    
La start-up a ainsi inventé un « radiateur-ordinateur », baptisé QH-1. Doté de micro-processeurs, il permet de réaliser des calculs informatiques et de chauffer une pièce. Les usagers ont ainsi accès à un chauffage écologique et 100 % gratuit ! Et en prime, il n’est plus nécessaire de climatiser les serveurs pour les refroidir. Un gain d’énergie considérable. 
    

« Plutôt que de concentrer la capacité de calcul dans un même endroit, on la disperse dans chacun de nos radiateurs. Nous sommes ainsi une alternative aux Data centers classiques et nous transformons un déchet numérique en ressource », complète-t-il.

     
L’usager peut gérer son radiateur à distance, via une application mobile. Il possède également des capteurs intégrés, qui lui permettent de traiter des données relatives à la qualité de l’air du logement (CO2, humidité, composés organiques volatils, etc.), aux mouvements, aux bruits, etc.


Une innovation solidaire
Enfin, les radiateurs permettront également aux habitants de la résidence Florestine d’avoir le wifi gratuitement. « Le réseau n’autorisera pas une grosse connexion, mais permettra d’avoir un internet courant pour ses mails, de la navigation… », détaille Quentin Laurens. 
 
Utiliser cette technologie est ainsi une solution pour lutter contre la précarité énergétique : plus de 10 %  des ménages girondins, soit 88 000 foyers, sont en situation de précarité énergétique et se privent de chauffage.

C’est également un moyen de réduire la fracture numérique sur le territoire. Selon le Baromètre du numérique 2017, encore 7 millions de Français ne se connectent jamais à internet.  
   

« Qarnot propose un mode de chauffage révolutionnaire, expérimentale et innovant. L’innovation technologique est au service de l’innovation sociale », justifie Jean-Luc Gleyze, président du Conseil départemental.

 
Même lorsque le radiateur sera éteint, l’usager aura toujours accès au wifi. En été, les processeurs continueront à travailler à très faible fréquence, sans fournir de chaleur. Pour avoir une constance dans leur puissance de calcul, l’entreprise Qarnot travaille aussi avec « des Data centers classiques », rapporte Quentin Laurens.  
     

« Pour répondre de manière pérenne à ce problème, nous sommes un train de développer une chaudière numérique sur le même système », dévoile-t-il.

    
Cette méthode permettra de réutiliser la chaleur émise par les serveurs pour chauffer l’eau, d’un logement ou d’une piscine par exemple. L’entreprise grenobloise Stimergy  propose déjà cette technologie. Il est ainsi possible de réutiliser la chaleur des serveurs toute l’année !


Les nouvelles frontières de l’innovation publique

Les responsables publics doivent résoudre une triple équation : assurer un service public répondant de manière efficace et adaptée aux attentes d’une multitude d’usagers différents, tenir une trajectoire budgétaire exigeante vis-à-vis des contribuables, et donner aux 5 millions d’agents publics un cadre de travail motivant pour tenir collectivement ces objectifs. Le défi est de taille !

Le délégué interministériel à la transformation publique, Thomas Cazenave, a tenu à prendre la parole auprès de nos lecteurs.

De l’éthique dans les organisations : réduire le fossé entre pratiques et discours

Un autre constat d’amélioration consiste à inclure les usagers au bon moment. « Beaucoup de projets viennent vers le design pour créer de la participation et des cadres de collaboration. Et effectivement, inclure les usagers à la conception permet de construire des cahiers des charges plus pertinents » Le risque est que les démarches participatives deviennent une mode au détriment de la promesse qu’elles portent. Beaucoup des commanditaires publics qui viennent chercher l’agence le font avec une appétence pour faire participer les publics, que ce soit par souci démocratique ou par souci de vouloir paraître innovant… Reste que si inclure les usagers dans certaines étapes de la conception est pertinent, inclure tout le monde en permanence contribue plutôt à créer des cahiers des charges mous ou obèses, des ensembles de doléances qui ne font pas projet. Les projets ont besoin d’être pilotés ! Il faut savoir régler quand la participation apporte et quand elle dessert. « Les usagers ne sont

La conférence Ethics by Design (@designethique) qui se tenait à Saint-Denis début octobre était l’occasion de faire le point sur la conception éthique dans ses multiples acceptions. L’un des fils rouges de ces rencontres, interrogeait la question de l’éthique dans les organisations… Retour sur quelques-unes des présentations, pour tenter de cerner les forces et les limites du sujet.

Éthique, la démocratie en entreprise ?

Dans une table ronde qui introduisait la question de l’éthique dans les organisations, le philosophe Stéphane Vial (@svial), faisait quelques salutaires rappels préalables. « L’éthique, c’est l’ensemble des règles qui déterminent le comportement ou l’action ». Ces règles dépendent notamment de valeurs qui peuvent être personnelles, organisationnelles, politiques, etc. « L’éthique est donc faite de dilemmes ». Cette éthique s’inscrit dans des processus, des modèles et des pratiques… qui deviennent éminemment complexes à mesure que les organisations elles-mêmes sont complexes, comme le pointait la chercheuse danah boyd. Il semble donc toujours plus facile d’être éthique quand on est petit, ce qui entre en contradiction avec le fait que tout le monde souhaite avoir un impact à grande échelle. « Comment garder ses buts éthiques initiaux quand une structure grandit, quand elle gagne trop d’argent ? », questionne Stéphane Vial. Trop souvent, le design agit sur le registre des moyens, des outils… plus que sur la finalité. Or celle-ci aussi se doit d’être interrogée par le design estime le philosophe.

Pour la chercheuse Marie-Julie Catoir-Brisson (@MJcatoir) du laboratoire Projekt de l’université de Nimes et du projet Som’Health (un projet de recherche sur l’amélioration de la prévention, la prise en charge et le suivi des troubles du sommeil), il est difficile de prendre en compte à la fois les questions éthiques qui reposent sur la techno, sur la conception, sur l’organisation des organisations… Pourtant, c’est dans tous les process et dans tous les processus qu’il faut trouver des réponses éthiques. Les questions éthiques se posent donc tout le temps, partout, à chaque instant et de manière dynamique. C’est assurément ce qui en fait une question difficile et une question importante.

Reste que quand elles n’appliquent pas des réponses éthiques toutes faites, nombre d’entreprises se parent des oripeaux de leurs vertus. Mais bien souvent, la question éthique devient d’autant plus béante qu’il y a un décalage fort entre le discours et la réalité.

C’est sur ce fossé que travaille la doctorante Margaux Langlois (@mechagow), qui s’intéresse à la démocratie dans l’entreprise. « Bien souvent, on estime que la démocratie est éthiquement supérieure, pourtant nous peinons à l’appliquer dans les organisations. D’où vient cette différence entre théorie et réalité ? »

Le gouvernement par le peuple s’organise selon 3 principes fondateurs, rappelle la chercheuse, à savoir la participation des membres aux décisions qui les concerne, la liberté individuelle d’action ou de participation et une égalité de statut entre les membres. De son côté, la question de la démocratie au travail ne se résume pas aux entreprises libérées. Dès les années 30, on commençait à se poser des questions sur le management participatif. Dans les années 50, de grandes entreprises, comme Volvo en Suède, ont cherché à organiser des équipes autonomes. Dans les années 70, les pays scandinaves ont imaginé la « démocratie industrielle », initiant les participations des salariés au conseil d’administration, les délégués du personnel ou les comités d’entreprises… Depuis les années 2000, ce sont les entreprises libérées, les formes holacratiques ou sociocratiques et l’économie des plateformes qui drainent ce mouvement, en valorisant la participation et l’autonomie des salariés (voir notamment nos articles L’autogouvernance peut-elle devenir un modèle de société ? et notre dossier Vers des organisations du travail humaines). Reste qu’il demeure bien souvent un écart entre la volonté démocratique et sa réalité. La chercheuse rapporte ainsi l’exemple d’une Scoop, sans hiérarchie ni organigramme, mais où les membres reconnaissaient pourtant qu’une hiérarchie s’impose de fait. Dans cette structure, l’égalité elle-même avait des limites. Les stagiaires par exemple avaient moins de droits que les autres. Mais pas seulement : la hiérarchie informelle restait liée à l’ancienneté dans l’organisation et au niveau de compétence perçus, au détriment des nouveaux qui avaient du mal à se faire entendre. Pour Margaux Langlois, il y a là une tension entre l’éthique de l’entreprise et l’éthique de la démocratie qu’on retrouve souvent dans les organisations. D’un côté on favorise la hiérarchie et la domination et de l’autre pas. Si on peut comprendre qu’il y ait des limites au partage de pouvoir, reste qu’elles ne peuvent pas se justifier par des contradictions qui demeurent non explicites.

Image : Margaux Langlois sur la scène d’Ethics by Design, photographié par Marie-Julie Catoir-Brisson.

La chercheuse évoque ensuite un autre de ses terrains, une communauté en ligne où membres, sympathisants et quelques rares salariés sont censés partager la gouvernance d’une organisation. Dans les faits pourtant, la communauté partage peu de règles explicites sur son fonctionnement. Les relations informelles semblent la règle. On y valorise la liberté d’entreprendre, qui ressemble plus à une injonction, mais qui n’est définie par aucune limite en terme de droits ou de devoirs. Qui est légitime pour parler ou être critique ? Au final, constate la chercheuse de son travail sur cette organisation, la démocratie se révèle plutôt excluante qu’autre chose.

Historiquement, la démocratie a longtemps été élitiste (censitaire). C’est encore le cas parfois. Dans bien des entreprises démocratiques, la démocratie tient plus du régime monarchique éclairé que de la démocratie. Le management participatif « sert » parfois à faire adhérer aux innovations proposées par le « despote éclairé ». « Offrir un permis de voter ne signifie pas vraiment toujours offrir un choix ». Il n’est pas rare ainsi que sous prétexte d’insuffler plus de démocratie, s’impose des dispositifs ou des méthodes qui ne sont pas choisies démocratiquement…

Plusieurs formes de démocratie organisationnelles existent. On distingue notamment une démocratie représentative (sur le mode de l’élection) qui donne les coopératives. La démocratie participative (sur le mode de la participation directe) qui donne l’entreprise libérée. La démocratie délibérative (qui valorise la délibération et la décision par consensus) : qui est plutôt du type sociocratique. Derrière ces formes variées, elles répondent à plusieurs critères : à savoir un système de gouvernance qui valorise à la fois des objectifs personnels et organisationnels, qui valorise les contributions et la politique d’organisation et qui valorise l’alignement entre l’individu et le collectif et le fait de modifier collectivement les objectifs.

La question de l’éthique interroge le jugement de valeur lui-même. Les exemples rapidement esquissés soulignent les dérives de ce qu’il y a d’informulé dans le pouvoir, l’écart entre le discours affiché et la réalité des pratiques. Or, bien souvent, on voudrait qu’une opinion soit légitimée pas tant par la qualité de la personne qui l’énonce, mais par le nombre de personnes qui la défendent. « L’éthique nécessite aussi de prendre en compte un principe qui n’est pas nécessairement affiché derrière les idéaux de participation, de liberté et d’égalité : celui de la subjectivité ». Pour Margaux Langlois, la démocratie en entreprise n’est pas un principe si simple à plaquer sur une organisation. Elle pose aussi des questions sur la souveraineté et la propriété des moyens de production, sur le rôle des actionnaires, sur le temps démocratique… « Les principes démocratiques ne sont pas magiques ! » Dans certaines organisations, ils permettent de couvrir le fait que rien n’avance, car nul n’est en situation de force. Le système démocratique doit convenir aux finalités, et il ne peut peut-être pas s’appliquer à tous les champs d’intervention de l’entreprise. Reste à délimiter clairement ce qui relève de la démocratie dans les organisations et ce qui n’en relève pas. C’est certainement sur ce point qu’il y a des progrès à faire !

L’éthique : c’est s’intéresser aux formes concrètes

Le grand écart entre le discours et les pratiques, c’est également ce que constate le designer Xavier Figuerola (@xavierfiguerola), du collectif VraimentVraiment (@vrmtvrmt, blog). VraimentVraiment est une agence qui travaille particulièrement sur et pour les organisations publiques. Leurs activités vont par exemple de la conception de stratégies d’accueil pour un centre des impôts à l’heure de la dématérialisation (un travail réalité pour la Direction générale des Finances publiques qui s’adressait notamment aux publics éloignés du numérique), à des travaux réalisés avec des allocataires du RSA pour le CD76… Ces travaux s’intéressent donc à des artefacts spécifiques qui bien souvent, concrètement, incarnent les politiques publiques. « La particularité des objets qui incarnent les politiques publiques est que quand ils sont ratés, ils impactent tout de même des publics et notamment des publics en difficulté ». Et ce, alors que l’acteur public a pour principe fondamental d’accompagner tout le monde.


Image : Xavier Figuerola sur la scène d’Ethics by Design, photographié par Stéphane Vial.

Pour Xavier Figuerola, ce travail s’intéresse à la complexité même que sont les objets des organisations publiques… À l’image du travail du photographe Jan Banning qui a pris des images de la réalité de la bureaucratie à travers le monde, l’enjeu consiste également à montrer les personnes et les complexités qui font les politiques publiques. Si les organisations publiques portent des valeurs comme la défense de l’intérêt général, leur mise en oeuvre se révèle souvent complexe et lourde, ce qui conduit parfois à échouer ou ne pas délivrer jusqu’au bout les valeurs qu’elles portent. Pour Xavier Figuerola, c’est là qu’intervient le « design des politiques publiques, pour relier les discours, les valeurs, et la politique telles qu’elles s’incarnent au quotidien.

Tout le monde connaît par exemple les Conseils de quartier, ces dispositifs de participation qui ont pour but de construire avec les habitants les politiques des villes. Via ces dispositifs, on invite les habitants à la table de la conception. Si le message est « fort et beau », son rendu opérationnel sur le terrain pose bien souvent question. Souvent, il s’incarne dans des réunions tardives, où des élus et des techniciens viennent parler à des habitants plus que les écouter. Dans leur mode d’organisation même, ces dispositifs mettent de côté nombre de publics, comme les jeunes, les parents, ceux qui maîtrisent mal la langue et le discours… « La manière même dont s’incarne le dispositif génère du non recours et fait que ceux qui devraient prendre la parole ne la prennent pas ».

Le RSA est un dispositif complexe. Pour y avoir recours, il faut passer des étapes nombreuses et compliquées. Devenir allocataire est difficile notamment du fait de devoir gérer des courriers et des demandes provenant d’administrations très différentes. Au final, 50 % des personnes qui pourraient en bénéficier n’ont pas recours au RSA. « Le RSA ne répond pas à l’enjeu d’inclusivité qui est le sien ! »

Xavier Figuerola est pragmatique. Le problème n’est pas dans les valeurs ou dans l’éthique, mais dans leurs incarnations : comment les rendre concrètes de bout en bout ? Comment maintenir le sens des projets, de l’analyse qui les décide à leur mise en oeuvre effective ? Comment rendre l’éthique concrète ?

En guise de réponse, le designer propose plusieurs pistes, fruit de l’expérience de l’agence. La première consiste bien sûr à s’intéresser à la forme concrète des politiques. « Trop souvent, on rencontre une négligence (quand ce n’est pas un mépris) pour la forme ». Le Conseil de quartier par exemple se reproduit sans toujours interroger la manière dont le dialogue est institué. Il reproduit des postures de pouvoir habituelles, sans interroger l’absence de certains publics ou la verticalité du dialogue orchestré. Que se passerait-il s’il avait lieu au marché ? Ou s’il se faisait à la sortie du lycée ? Il est nécessaire de réinventer le processus de dialogue lui-même, les moments de rencontres, les lieux, la forme même de la rencontre… Ce mépris de la forme est particulièrement présent dans les formulaires et courriers. Ces objets administratifs, très normés, soulignent, dans la façon même dont ils sont conçus, que certains peuvent les consulter et d’autres les remplir. « Le formulaire n’est pas neutre ! » Celui du RSA par exemple raconte plus un contrôle qu’un accompagnement social. L’agence a ainsi travaillé sur un formulaire, pour en faire un objet de négociation entre le demandeur et le demandant, pour en faire un objet de suivi entre un travailleur social et un allocataire et remettre de la confiance plutôt que du contrôle.


Image : Proposition de l’agence Vraiment Vraiment pour transformer le formulaire du RSA, image extraite de la présentation de Xavier Figuerola.

Pour Xavier Figuerola, « la forme est un niveau d’intervention trop souvent oublié ». « Anticiper la façon dont les politiques publiques s’incarnent au quotidien permet de penser des objets plus en phase avec les politiques qu’elles mettent en oeuvre ». Reste, prévient le designer, que faire de très belles formes sur des objets qui n’ont pas de fonds, ne suffira pas à leur donner du sens. La forme donne du sens, pour autant qu’il y ait du fond !

Un autre constat d’amélioration consiste à inclure les usagers au bon moment. « Beaucoup de projets viennent vers le design pour créer de la participation et des cadres de collaboration. Et effectivement, inclure les usagers à la conception permet de construire des cahiers des charges plus pertinents » Le risque est que les démarches participatives deviennent une mode au détriment de la promesse qu’elles portent. Beaucoup des commanditaires publics qui viennent chercher l’agence le font avec une appétence pour faire participer les publics, que ce soit par souci démocratique ou par souci de vouloir paraître innovant… Reste que si inclure les usagers dans certaines étapes de la conception est pertinent, inclure tout le monde en permanence contribue plutôt à créer des cahiers des charges mous ou obèses, des ensembles de doléances qui ne font pas projet. Les projets ont besoin d’être pilotés ! Il faut savoir régler quand la participation apporte et quand elle dessert. « Les usagers ne sont pas des designers. Les usagers sont experts de leurs usages certes, mais ne sont pas pour autant des concepteurs. À trop en faire, le risque est de piloter de belles démarches, sans en faire de bonnes !

L’autre valeur sur laquelle insister pour que le sens demeure consiste à « faire remonter le terrain le plus haut possible ». En fait, l’administration a beaucoup d’information sur ses usagers. Cette sur-connaissance laisse entendre qu’elle les connaît bien. Mais les outils statistiques qu’elle utilise projettent des moyennes plus que des personnes. Beaucoup d’information n’aide pas nécessairement à comprendre. Les Big data font disparaître la réalité des usagers derrière les services, alors qu’il est nécessaire de les rendre à nouveau visibles. Xavier Figuerola montre ainsi la photo d’une volumineuse boîte d’archive. C’est le dossier de demande d’allocation d’une personne en perte d’autonomie. Une valise de 4,5 kilos de papiers de démarches. Pour le designer, réincarner la question des usagers est primordiale pour la faire remonter jusqu’aux directions, jusqu’à ceux qui sont au pilotage stratégique des projets. Le terrain permet toujours de comprendre ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas.

Une autre modalité qui permet de conserver l’éthique des projets consiste à construire de nouvelles représentations. Dans les approches qu’utilise Vraiment Vraiment, le récit pour imaginer des futurs possibles permet de faire réagir sur des choix stratégiques, de questionner les organisations publiques. En cela, la fiction n’est pas un exercice hors sol, elle permet d’envisager autrement les sujets.

Enfin, dernier levier, mais non des moindres : il est nécessaire d’embarquer les agents, les partenaires et les directions dans ces exercices. « Faire des projets ne transforme pas ». Il faut aussi parvenir à changer les approches, les équipes elles-mêmes. Ce travail d’accompagnement est un processus qui vise, derrière les projets portés, à accompagner les organisations dans leur transformation, à trouver de nouveaux positionnements. C’est tout le travail du programme la Transfo de la 27e région que l’agence accompagne : construire des laboratoires dans les organisations pour créer de l’innovation en interne. Cela passe par des modalités de travail, des rôles à réinventer pour permettre à différents services par exemple de travailler ensemble. Et cet accompagnement méthodologique a souvent plus d’impact que le projet lui-même. Pour cela, il faut accepter qu’un projet ait parfois une portée limitée, au profit d’un cadre de travail apprenant.

L’enjeu au final consiste surtout à respecter les valeurs, à les rendre opérationnelles jusqu’au bout. Reste que transformer les organisations n’est pas facile. Trop souvent, les organisations publiques rangent ce type d’interventions dans les prestations : une logique simple qui n’aide pas toujours à inventer un cadre de collaboration différent, à dépasser le projet pour lui-même…

Comment être une entreprise éthique ?

Guillaume Champeau (@gchampeau), directeur éthique et juridique du moteur de recherche Qwant, pose des questions similaires : la question éthique est-elle compatible avec le modèle d’affaire d’une entreprise ?

S’interroger sur l’éthique d’un moteur de recherche consiste à identifier les responsabilités inhérentes à un service de ce type. Un moteur de recherche donne accès à l’information… Sa première responsabilité consiste donc à ne pas restreindre les résultats et à assurer la liberté d’expression de ceux qui l’utilisent comme de ceux qu’il référence. Cela implique de choisir quelles informations sont mises en avant dans les recettes algorithmiques du moteur, quand toutes les requêtes sont automatisées et appliquent partout les mêmes méthodes. Quel résultat renvoie une requête ? Qui donne la bonne information ? La question des contenus illicites pourrait paraître assez simple, puisque ceux-ci sont définis assez clairement : il suffirait de supprimer les contenus qui font l’apologie du terrorisme, de la pédopornographie, ou qui contreviennent au droit d’auteur… Le problème, c’est que ces définitions achoppent vites sur des zones grises, à la frontière du licite et de l’illicite. Sans compter qu’il faut aussi appliquer des lois locales : si on a recours à Qwant en Russie, en Chine ou en Turquie, quelles lois appliquer ?… Les zones grises sont innombrables, pointe Guillaume Champeau. Faut-il indexer tel ou tel site ? Qui décide de ce qu’est une fake news ? Que faire des contenus choquants ou violents qui ne ressortent pas clairement des contenus illicites ? Quand on créé un moteur de recherche dédié pour les enfants, comme Qwant Junior, certain nous reproche de faire du filtrage… Comment mettre en avant ses propres services – comme le service de cartographie que prépare Qwant – dans les résultats de recherche ? Comment distinguer les résultats d’indexation des partenariats commerciaux ?… Travailler aux questions éthiques que posent les résultats d’un moteur de recherche semble poser bien plus de questions difficiles que d’apporter des solutions simples, à en croire les captures d’écrans de requêtes sur Qwant que montre Guillaume Champeau. Sans compter que, demander aux plateformes de résoudre cette zone grise est compliquée souligne-t-il très pertinemment, « Plus on va demander aux plates-formes comme Qwant ou les Gafam de se faire juge à la place du juge, régulateur à la place du régulateur, moins on aura de liberté d’expression ».

Par nature, les moteurs de recherche collectent de l’information sur leurs utilisateurs, du fait même des questions que les utilisateurs posent. Or, on peut déduire beaucoup de choses depuis leurs requêtes. Quand on enregistre les requêtes des utilisateurs, on sait rapidement tout de lui : ses idées politiques, son niveau de revenu, son niveau socioculturel, ses goûts, etc. La mission de Qwant n’est pas de collecter ce type d’information. « Pour nous, la souveraineté individuelle est primordiale et se situe entre la vie privée et la liberté d’expression et d’information des utilisateurs ». Cette question de souveraineté n’est pas anodine : « personne ne doit exploiter ce que vous faites sur internet, plus vous reprenez la main sur vos données plus vous êtes souverain dans vos choix ». Ce n’est pas le positionnement de tous les moteurs, rappelle Guillaume Champeau en égratignant son principal concurrent. Google sait ce que vous cherchez, à qui vous écrivez, où vous aller, ce que vous avez prévu de faire (agenda), sait avec qui vous partagez vos documents… Via l’étendue de sa gamme d’outils, du mobile aux enceintes connectées, il connaît la composition de votre foyer, votre rythme de vie, etc. Le principe de Qwant est inverse : « on ne veut pas savoir ! » Pour cela, le moteur développe des services sans collecte d’information, sans cookies, sans historiques de recherche… où les recherches sont chiffrées par défauts, où les journaux des connexions des utilisateurs sont anonymisés… Cela suppose un travail technique nécessitant de déployer des infrastructures propres et de mettre en place une galaxie de services basés sur ces principes.


Image : Guillaume Champeau, sur la scène d’Ethics by Design, qui explique tout ce que Google sait de nous, photographié par Yaël Benayoun.

Si Qwant se pose des questions éthiques, reste que le moteur est avant tout un service commercial. Qwant propose des publicités sans ciblage des profils : elles sont simplement liées aux requêtes que vous tapez dans le moteur. C’est un modèle qui reste assez efficace. Aujourd’hui, 80 % des revenus liés à la publicité en ligne ne sont pas le fait de publicités personnalisées. Google ne gagne que 10 à 20 % de revenus de plus par la publicité ciblée, ce qui signifie suggère-t-il qu’ils pourraient très bien vivre sans…

Pour Guillaume Champeau, l’éthique est une contrainte créatrice qui permet de se distinguer de la concurrence, de proposer un service différent, de porter des valeurs différentes dans un monde qui a besoin de diversité. Cela se traduit dans le poste qu’occupe Guillaume Champeau depuis 2016. Le directeur de l’éthique dispose ainsi d’un droit de veto sur les projets et leur intégration, est intégré au comité de direction et est interlocuteur de toutes les équipes. Au quotidien, cela consiste à observer les innombrables questions que remontent les utilisateurs, prendre des décisions au cas par cas et aussi décider de politiques globales. Reste que la fonction a permis d’inscrire les valeurs que portait le fondateur de Qwant dans le cahier des charges de tous les projets de l’entreprise…

En tout cas, la difficulté à faire se rejoindre le discours éthique et les pratiques n’est pas si simple. C’est une oeuvre de longue haleine dans un océan de difficultés. À défaut de grands principes, beaucoup oeuvrent à résoudre chaque défi problème après problème, embûche après embûche. Patiemment. Courageusement. Il n’y a définitivement pas de solution éthique magique !

Hubert Guillaud

Marseille, la ville qui résiste encore et toujours aux « gentrifieurs »

Cette gentrification qui ne se traduit pas par un remplacement généralisé de population se lit dans le profil du couple formé par Stéphanie et son mari travaillant à l’extérieur. Ni résidents permanents intégrés à l’économie locale, ni purs touristes ou « expats » qui dépenseraient sur place des revenus gagnés ailleurs, les néo-Marseillais sont en quelque sorte des intermittents de la gentrification. Un processus décrit par Michel Peraldi, coauteur d’une Sociologie de Marseille : « Un accrochage résidentiel n’est plus nécessaire pour que l’effet de gentrification ait lieu, écrit le chercheur. Quand le TGV met Marseille à trois heures de Paris et les compagnies low cost à une heure d’avion de toutes les capitales européennes, il est possible d’y venir régulièrement, d’y travailler ou [de] participer à la vie culturelle sans forcément y habiter. »

Des ambiances populaires et authentiques, des événements culturels toute l’année, une ville cosmopolite, des loyers parmi les plus bas des grandes villes françaises et un climat idéal : sur le papier, Marseille devrait être le futur hot spot de la gentrification. Mais son incapacité à créer des emplois limite ses espoirs de fixer les classes moyennes et créatives qu’elle attire.

En bref – Le ministère de la Cohésion des territoires organise un concours « Minecraft » auprès des jeunes

Le ministère de la Cohésion des territoires organise, avec plusieurs partenaires dont l’IGN, le jeu concours « Minecraft : villes et territoires de demain » du 5 octobre 2018 au 31 janvier 2019. Après avoir téléchargé un (vrai) fond de carte qui servira de base au territoire, le joueur y construit sa ville idéale avec les outils du jeu Minecraft. L’organisateur suggère de « prendre soin » de sept points constitutifs de la ville « durable » à ses yeux : la nature en ville et la biodiversité (ne pas hésiter, donc, à mettre des animaux, des parcs et jardins, des toitures végétalisées…), prendre en compte le changement climatique et la transition écologique, la bonne gestion de l’eau et de l’énergie (ne pas lésiner sur les systèmes de récupération des eaux de pluie et les panneaux photovoltaïques), les espaces intergénérationnels, le recyclage, le vélo, les transports publics… Une fois la ville construite, le candidat la soumettra au jury via une vidéo de 3 minutes maximum.
Les joueurs peuve

Des milliers d’étudiants de grandes écoles refusent de travailler dans des entreprises polluantes

C’est un manifeste pour un réveil écologique. Plus de 18 000 étudiants de grandes écoles, de Polytechnique à ‘École normale supérieure de Paris en passant par HEC, ont signé un appel pour un changement en profondeur. Et cela passe notamment par le choix du futur employeur. Plus question de foncer tête baissée vers des entreprises polluantes.

Publié le 23 octobre 2018

ENVIRONNEMENT

C’est un manifeste pour un réveil écologique. Plus de 18 000 étudiants de grandes écoles, de Polytechnique à ‘École normale supérieure de Paris en passant par HEC, ont signé un appel pour un changement en profondeur. Et cela passe notamment par le choix du futur employeur. Plus question de foncer tête baissée vers des entreprises polluantes. 

Après l’alerte du Giec, voilà le réveil écologique des étudiants de grandes écoles. Dans un Manifeste, publié début octobre, plusieurs étudiants de Polytechnique, HEC, l’ENS ou AgroParisTech appellent à « questionner notre zone de confort pour que la société change profondément ». Et cela passe notamment par le choix du futur employeur.

Le but n’est pas de boycotter des entreprises

« À quoi rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou l’épuisement des ressources ? », interrogent-ils, préférant se « tourner vers les employeurs que nous estimerons en accord avec nos revendications ».

Le but n’est pas forcément de « boycotter des entreprises ou de créer une liste noire », explique à Novethic Corentin Bisot, étudiant en troisième année à Polytechnique et initiateur du Manifeste. « Nous n’avons pas de quoi mesurer l’impact carbone des entreprises et ce serait de toute façon trop réducteur. Nous voulons seulement pousser les étudiants à repenser la relation aux entreprises. Amorcer une réflexion sur le sujet ».

Plus de 18 000 signatures 

Et la réflexion semble bien amorcée tant le Manifeste remporte l’adhésion. Le 22 octobre, déjà plus de 18 000 étudiants avaient signé cet appel à agir. Si des entreprises pouvant se sentir visées, comme Total ou Bayer, n’ont pas réagi, d’autres, qui correspondent davantage aux valeurs portées par ce manifeste, n’ont pas hésité à signaler leur présence. « Nous avons reçu, parmi d’autres, un appel d’Enercoop », avance Corentin Bisot.

En avril, des étudiants de Science Po avaient appelé leur école à mettre fin au partenariat qui la liait à Total. « Soutenir l’industrie fossile apparaît comme une claire contradiction avec les missions de l’école. Sciences Po n’accepte plus les partenariats avec l’industrie des armes et du tabac. Pourquoi alors légitimer les choix industriels et l’influence politique destructrice de Total en acceptant un partenariat stratégique ? », dénonçait alors l’association Science Po Zéro Fossile.

Marina Fabre @fabre_marina 

Ecosia veut acheter une forêt pour la sauver des mines à charbon

La startup berlinoise Ecosia a fait une offre non sollicitée de un million d’euros pour acheter les 10 % restants de la forêt d’Hambach, près d’Aix-la-Chapelle, détenue depuis 1978 par RWE. L’énergéticien, qui exploite le plus gros parc à charbon d’Europe, a rasé la plupart de la forêt d’origine pour ces besoins. Depuis quelques années, des activistes ont occupé cette partie de la forêt, afin d’empêcher sa destruction. Une décision de justice a permis, ce mois-ci, d’arrêter le déboisement du fait de l’absence d’étude d’impact environnemental, notamment concernant une espèce de chauve-souris protégée. Ecosia a saisi l’opportunité pour faire son offre et essayer de réconcilier les parties prenantes.

Le moteur de recherche engagé dans la conservation des arbres a proposé un million d’euros à la société d’énergie RWE, qui prévoit de raser cette forêt.

La startup berlinoise Ecosia a fait une offre non sollicitée de un million d’euros pour acheter les 10 % restants de la forêt d’Hambach, près d’Aix-la-Chapelle, détenue depuis 1978 par RWE. L’énergéticien, qui exploite le plus gros parc à charbon d’Europe, a rasé la plupart de la forêt d’origine pour ces besoins. Depuis quelques années, des activistes ont occupé cette partie de la forêt, afin d’empêcher sa destruction. Une décision de justice a permis, ce mois-ci, d’arrêter le déboisement du fait de l’absence d’étude d’impact environnemental, notamment concernant une espèce de chauve-souris protégée. Ecosia a saisi l’opportunité pour faire son offre et essayer de réconcilier les parties prenantes.

Un milliard d’arbres par an

Le moteur de recherche utilise ses revenus publicitaires pour financer des projets de reforestation. L’achat des 200 hectares restants de la forêt d’Hambach s’inscrirait dans son investissement pour les arbres, dans la mesure où 13 des 142 essences y sont en danger. Ecosia a déjà permis la plantation de 40 millions d’arbres dans 19 milieux où la biodiversité est menacée, et espère atteindre le milliard d’ici à 2020, puis autant chaque année. Un objectif atteignable, selon la startup, s’ils obtiennent 1% du marché de la recherche web. À vos moteurs de recherche !

Active et partagée : voici la mobilité de demain

– Pony Bikes est un service de vélos partagés en free floating. Le petit plus ? Leur concept “Adopte un Pony” permet d’acheter un vélo puis de le laisser en libre-service pour avoir un accès gratuit au service et toucher une commission.
– Zify lutte contre l’autosolisme avec son appli de covoiturage urbain de moyenne et courte distance, avec l’avantage de pouvoir réserver son trajet en instantané, donc tout aussi pratique pour les besoins de déplacement soudains. 
– SmartGreenCharge propose une solution de charge universelle, c’est-à-dire destinée aux voitures comme aux vélos, bus et drones, et basée sur une énergie renouvelable (solaire et éol

Le salon Autonomy ouvre ses portes pour la troisième année consécutive et laisse entrevoir un avenir durable pour la mobilité urbaine.

Outre ses 200 exposants, ses pistes d’essais et son programme de conférences très dense, Autonomy se veut aussi un lieu de rencontre entre startups et investisseurs. Par le biais de l’appel à projets “Funding the Movement”, ses partenaires ont pu dénicher 20 jeunes pousses, parmi 120 candidats, pour les inviter à pitcher lors de l’événement. Une sélection qui trace les grandes lignes des nouvelles mobilités : actives, partagées, électriques et rechargées par le biais des énergies renouvelables.

Paris, point de départ

Le salon attire des acteurs du monde entier, mais pour Ross Douglas, le fondateur d’Autonomy, “Paris a tous les atouts pour se positionner comme la capitale mondiale de la mobilité. L’innovation est partout et tend à devenir encore plus prégnante au regard des enjeux et évènements à venir.” La preuve en trois startups made in France :
Pony Bikes est un service de vélos partagés en free floating. Le petit plus ? Leur concept “Adopte un Pony” permet d’acheter un vélo puis de le laisser en libre-service pour avoir un accès gratuit au service et toucher une commission.
Zify lutte contre l’autosolisme avec son appli de covoiturage urbain de moyenne et courte distance, avec l’avantage de pouvoir réserver son trajet en instantané, donc tout aussi pratique pour les besoins de déplacement soudains.
SmartGreenCharge propose une solution de charge universelle, c’est-à-dire destinée aux voitures comme aux vélos, bus et drones, et basée sur une énergie renouvelable (solaire et éolienne) auto-produite localement.

Le challenge actuel de l’innovation ? “Elle doit aujourd’hui impérativement savoir rencontrer les acteurs publics, parler leur langage, comprendre leurs problématiques pour se déployer à plus grande échelle”, selon Ross Douglas. C’est là qu’Autonomy intervient.

 

Salon Autonomy, Grande Halle de la Villette
18 – 10 octobre : journées professionnelles
20 octobre : journée grand public

La rue zéro déchet : « l’idée est d’aider l’ensemble des acteurs à modifier leur comportement »

L’objectif est que la pesée de déchets soit différente au début et à la fin de l’expérimentation. On fera une pesée spécifique dans la rue de référence, rue de Paradis, et sur un an on étudiera son évolution. Cela s’inscrit dans le cadre de la feuille de route sur l’économie circulaire qui sera présentée au Conseil de Paris en novembre. On espère, sur un an, être au delà de 10 % de réduction du poids des déchets, alors que les objectifs de réduction de la mandature (sur six ans, de 2014 à 2020 – ndlr) sont de 10 % sur l’ensemble de la ville. On peut vraiment créer un modèle un peu avant-gardiste, vertueux pour pouvoir l’exporter ailleurs, et proposer des méthodes pour réduire les déchets. 

Le 10e arrondissement parisien se veut être un pionnier de la transition écologique, un « territoire pilote » en la matière. Pour cela, une feuille de route locale a été élaborée l’an dernier, sur la base des engagements du Plan Climat de la ville de Paris. Parmi les mesures que souhaite tester la mairie du 10e : la mise en place d’une première « rue zéro déchet » rue de Paradis, dès le mois de décembre prochain. Une initiative à laquelle participe l’association Zero Waste Paris, afin d’assister la mairie dans la mise en place de solutions. Trois questions à la maire de cet arrondissement parisien, Alexandra Cordebard.

Pourquoi avoir choisi la rue de Paradis comme première « rue zéro déchet » de Paris ?

Le principe de la « rue zéro déchet » est de travailler en même temps avec l’ensemble des acteurs d’une même rue, qui ont très diversifiés rue de Paradis. C’est comme une petite ville : il y a à la fois des bureaux, des logements sociaux, des logements privés, une école, des restaurants, des commerçants… On y trouve un échantillon représentatif des acteurs de la ville. On le fait pour créer un modèle et trouver avec chacun d’entre eux une manière de réduire ses déchets.

Quelles mesures concrètes vont être mises en place ?

Nous allons chercher des solutions pour réduire et recycler les déchets et aussi favoriser le réemploi et le tri. Il faut pour cela occuper le terrain, et informer. Nous travaillons de manière étroite avec les cantines notamment. Nous mesurons, pesons, travaillons sur les menus – à l’échelle de l’arrondissement également – et nous sensibilisons les enfants. On aide aussi les particuliers en leur mettant des moyens à disposition : poubelles de tri, compost, fiches de suivi pour mesurer eux-mêmes ce qui se passe à l’intérieur de leur appartement et peser leurs déchets. On leur donne des outils pour le tri plus spécifique : les bouteilles en plastique, les piles ou les ampoules. Nous sommes également en contact direct avec les bars et restaurants. On va travailler afin de mettre fin aux emballages et aux pailles en plastique, notamment auprès des commerces de vente à emporter. L’emballage peut évoluer vers un matériau plus facile à recycler que le plastique, et les habitants à proximité peuvent tout à fait envisager d’emmener leurs propres contenants. L’idée est d’aider l’ensemble des acteurs à modifier leur comportement via des formations au tri, des poubelles de tri et des composteurs supplémentaires.

Quels sont les objectifs de cette phase de test ?

L’objectif est que la pesée de déchets soit différente au début et à la fin de l’expérimentation. On fera une pesée spécifique dans la rue de référence, rue de Paradis, et sur un an on étudiera son évolution. Cela s’inscrit dans le cadre de la feuille de route sur l’économie circulaire qui sera présentée au Conseil de Paris en novembre. On espère, sur un an, être au delà de 10 % de réduction du poids des déchets, alors que les objectifs de réduction de la mandature (sur six ans, de 2014 à 2020 – ndlr) sont de 10 % sur l’ensemble de la ville. On peut vraiment créer un modèle un peu avant-gardiste, vertueux pour pouvoir l’exporter ailleurs, et proposer des méthodes pour réduire les déchets. L’essentiel du gain ne se situe pas seulement dans le poids de la benne, mais aussi dans le réemploi, la qualité du tri, l’évolution des modes de consommation des acteurs. L’expérimentation d’un an nous permettra, j’espère, de développer ensuite ces solutions à l’échelle de Paris. Je suis sûre que cela fera des émules et des envies.

Le nudge et au-delà – horizonspublics.fr

L’incitation nous place-t-elle véritablement en situation d’autonomie ? La réponse n’est rien moins évidente, surtout quand les nudges tendent à exploiter des biais cognitifs. C’est ce que fait chaque jour le marketing et on peut se demander si l’action publique a vocation à répliquer des recettes de publicitaires. De fait, la question doit a minima faire l’objet d’un examen au cas par cas. Précisément, doivent être appréciés :
– les mécaniques sur lesquels reposent les nudges ; en particulier s’ils font appel à nos systèmes automatique ou réflexif, le premier étant par définition moins esquivable ;
– les enjeux de politiques publiques concernés ; ils doivent faire l’objet d’un consensus citoyen et impliquer la recherche de moyens permettant des « passages à l’acte » et non de toucher aux convictions mêmes des personnes.

L’homo œconomicus n’existe pas

Les sciences du comportement nous invitent à considérer l’individu pour ce qu’il est réellement : un être complexe et contextuel, très éloigné des logiciens des modèles économiques classiques. De fait, barrières psychologiques et autres freins comportementaux entravent notre présumée toute puissance décisionnelle. Ce n’est ni bien ni mal, c’est juste… comme ça. C’est là un héritage évolutionnaire : les mécanismes de la pensée humaine sont le fruit de l’adaptation de nos plus lointains ancêtres à leurs contraintes environnementales. Notre monde a depuis, certes, changé, mais notre cadre mental est resté imprégné de ses schémas.

Le nudge, un levier d’action pour transformer l’action publique

Depuis le début de l’année, la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) dispose d’une petite équipe chargée d’accompagner les administrations d’État et les opérateurs nationaux dans l’expérimentation du nudge. Un premier appel à manifestation d’intérêt a été lancé en mai 2018 pour identifier des problématiques de politiques publiques susceptibles d’être accompagnées dans le cadre d’une approche comportementale. 35 sujets de tous horizons administratifs ont été soumis. Quelques exemples d’applications concrètes du nudge : réduire les prescriptions d’antibiotiques, favoriser l’insertion professionnelle des personnes handicapées, lutter contre le non recours aux dispositifs d’insertion sociale, promouvoir l’égalité des genres en luttant contre les stéréotypes ou encore limiter les flux en matière de procédures judiciaires. La DITP s’engage à soutenir financièrement ce type d’actions, à hauteur de 1 million d’euros dans le cadre du programme d’investissement d’avenir.

Sans aller jusqu’à convoquer notre cerveau préhistorique, Thaler et Sunstein distinguent dans nos comportements deux registres de prises de décisions, l’un automatique, l’autre réflexif2. Ce dernier mobilise nos capacités délibératives et logiques, alors que le premier fait appel à l’instinct et à l’émotion. L’un est plus lent, l’autre plus rapide. Cette rapidité constitue parfois un atout : elle peut nous conduire à des heuristiques, des opérations mentales qui sont la clé de quantité d’arbitrages quasi mécaniques. Ces raccourcis profitent à l’économie de nos précieuses ressources cognitives, mais ils peuvent toutefois aussi être à l’origine de déviations de jugement quand les associations d’idées, de mots, d’images, qui les fondent se révèlent tronquées. Par le fait d’interprétations abusives, nous nous trouvons alors en présence de biais cognitifs, susceptibles de rendre nos comportements « non optimaux ».

« Quand on veut, on pourrait. » Ambrose Bierce, Le dictionnaire du diable

Le recensement de ces biais est un chantier toujours en cours3. Citons parmi les dizaines identifiées : le biais de confirmation (valorisation d’informations confortant nos croyances) ; le biais de conformité (alignement sur les idées et actions des autres) ; l’illusion de contrôle (sentiment d’influence sur des événements extérieurs) ; le biais de statu quo (préférence pour la continuité) ou encore le bais de possession (attribution d’une valeur supplémentaire à quelque chose qui est nôtre par rapport à l’équivalent chez autrui).

Les incidences de ces biais sont considérables pour l’action publique. « Nul n’est censé ignorer la loi ! », nous rappelle-t-on. Mais quel individu doté de capacités cognitives raisonnables, peut prétendre surnager dans la masse des réglementations et des informations officielles ? Le problème est encore plus saillant quand on touche à des politiques publiques dont l’enjeu a trait au changement de comportement (environnement, santé ou encore sécurité routière par exemple) : comment peuvent-elles aspirer à l’efficacité sans partir de la compréhension des comportements réels ? De nos intentions les plus nobles à nos actes concrets, il y a en tous cas encore souvent un fossé, qui fait que les citoyens responsables que nous aspirons à être se muent en recycleurs négligents/fumeurs/chauffards/etc.

Les voies du nudge

Ce constat nous invite à prendre en compte les « données comportementales4 » et a conduit Thaler et Sunstein à développer la piste du nudge. Nous sommes biaisés ? C’est une évidence, mais, bonne nouvelle, cela veut aussi dire qu’on peut identifier les freins qui affectent nos comportements et autres prises de décisions et mobiliser en regard des leviers psychologiques susceptibles de les faire évoluer.

Thaler et Sunstein s’intéressent en particulier à l’environnement qui conditionne nos comportements, conçu comme une « architecture de choix ». Une cantine – c’est l’exemple introductif de leur ouvrage – influencera ainsi, de par son agencement les pratiques alimentaires. Mettre en évidence des salades plutôt que des hamburgers constituera une forme d’intervention simple pour favoriser un comportement souhaité.

Nous sommes en présence d’un nudge, défini comme « tout aspect de l’architecture de choix, qui modifie le comportement des gens de manière prévisible, sans leur interdire aucune option ou modifier de manière significative leurs motivations économiques ». On retiendra l’idée d’une mesure incitative non financière, préservant a priori la liberté de choix.

Visant à apporter des réponses comportementales à des biais identifiés, les nudges jouent ainsi sur des registres variés, comme :

– la saillance : nos capacités d’attention sont limitées ; une communication efficace doit en tenir compte. Des signalétiques fonctionnant par associations d’idées peuvent s’avérer très productives, par exemple pour fluidifier des trajets ou favoriser des gestes écoresponsables ;

– la simplification : toute intervention visant à minimiser nos efforts cognitifs ne peut être que bienvenue. Quantité de démarches de réduction de la complexité administrative sont engagées en ce sens, avec des objectifs aussi divers que la politique de sécurité routière ou la limitation des erreurs médicales ;

– les normes sociales : notre confiance en le jugement de nos pairs peut être mobilisée pour motiver des comportements. La méthode a aussi bien servi à accompagner la télé déclaration en France qu’à limiter la consommation d’électricité en Californie ou à promouvoir la sobriété au volant dans le Montana ;

– la concrétisation : nous privilégions volontiers les satisfactions immédiates, tendance qui peut être contrecarrée par une matérialisation des conséquences de nos (non) choix. C’est notamment le cas en matière d’environnement où cette incarnation peut prendre des formes plus parlantes que des discours génériques ;

– la ludification : nous sommes sensibles aux gratifications, même symboliques. Les mécaniques de jeu permettent de rendre quantité de gestes plus agréables, que ce soit en termes d’activité physique, de tri, de sécurité routière (avec des routes musicales incitant à respecter une vitesse) ou même de civisme fiscal (avec des systèmes de loteries visant à combattre différentes formes de fraude)5 ;

– la force de l’inertie : le statu quo a d’emblée nos faveurs. Ce principe donne toute son efficacité à des environnements (réglementaires, physiques) reposant sur des règles par défaut. Cela a permis de stimuler l’épargne retraite aux États-Unis ou de favoriser le don d’organes ;

– les biais perceptifs : ils sont à l’origine des phénomènes d’illusions d’optiques, utilisées sous quantité de formes en matière de sécurité routière, ceci par exemple pour rendre un passage piéton moins anodin ou pour accroître la sensation de vitesse dans un virage accidentogène.

Ces exemples ne sont ni exhaustifs, ni exclusifs. Quantité d’autres leviers comportementaux peuvent être mobilisés et cumulés. Plutôt que de verser dans le catalogue des nudges, voyons quelques questions transverses que pose ce mode d’intervention. Elles ont essentiellement trait à leur dimension éthique et à leur impact réel.

Au-delà du nudge

Le nudge a en fait deux genres d’ennemis : les uns le vouent aux gémonies, les autres en font une panacée.

Les premiers s’inquiètent pour notre liberté. La puissance publique est certes déjà prescriptrice, mais ne va-t-elle pas trop loin en s’immisçant dans notre intimé cognitive ? Thaler et Sunstein proposent un modèle théorique, le « libertarian paternalism »  , qui met en avant l’évitabilité des nudges. Ceux-ci ne se contenteraient pas de nous aider à optimiser nos décisions, ils le feraient également en respectant notre autonomie. Une cantine « nudgée » aurait ainsi certes tendance à promouvoir une alimentation saine, mais n’exclurait pas la présence d’options culinaires plus douteuses.

La nuance est d’importance mais ne suffit pas à régler le débat. L’incitation nous place-t-elle véritablement en situation d’autonomie ? La réponse n’est rien moins évidente, surtout quand les nudges tendent à exploiter des biais cognitifs. C’est ce que fait chaque jour le marketing et on peut se demander si l’action publique a vocation à répliquer des recettes de publicitaires. De fait, la question doit a minima faire l’objet d’un examen au cas par cas. Précisément, doivent être appréciés :

– les mécaniques sur lesquels reposent les nudges ; en particulier s’ils font appel à nos systèmes automatique ou réflexif, le premier étant par définition moins esquivable ;

– les enjeux de politiques publiques concernés ; ils doivent faire l’objet d’un consensus citoyen et impliquer la recherche de moyens permettant des « passages à l’acte » et non de toucher aux convictions mêmes des personnes.

Au-delà d’une analyse ponctuelle des mesures envisagées, la démarche doit de toute évidence être conduite en toute transparence, ceci tant en termes d’objectifs, que de méthodes et de résultats.

Voilà qui pourra peut-être rassurer les contempteurs du nudge, mais celui-ci n’est pas non plus forcément toujours aidé par ses plus fervents adeptes, qui tendent à concevoir l’« incitation douce » comme la nouvelle solution en matière de politiques publiques, à la fois terriblement simple et accessoirement peu onéreuse. Cela peut être vrai, mais l’idée qu’on puisse piocher dans un catalogue de solutions clés en mains substituables à l’arsenal classique de l’action publique est fallacieuse.

De fait, oui, il est des situations où un nudge peut s’avérer une option ingénieuse et fructueuse, mais son efficacité ne peut être appréhendée que dans le cadre d’une approche comportementale globale.

Cela veut dire procéder, en amont, à un véritable diagnostic de la problématique rencontrée et effectuer, en aval, une évaluation robuste des interventions mises en œuvre. La réalisation d’un état des lieux passe par un mixte entre revues de littérature et investigations ad hoc, en laboratoire ou sur le terrain. La mesure d’impact peut également passer par des formes d’expérimentations variées, mais elle gagnera à tendre vers le mètre étalon scientifique que constituent les essais randomisés contrôlés.

La démarche peut sembler exigeante, mais elle est souvent moins coûteuse que de procéder par assomptions. C’est en tout cas de fait celle vers laquelle tendent principalement les structures qui visent de par le monde à appliquer de manière responsable les enseignements des sciences comportementales aux politiques publiques7. Au-delà de la recherche de « correctifs » que sont au final les nudges, elle doit avoir vocation à enrichir la gamme de l’action publique, en la construisant à partir du réel et en la confrontant à l’épreuve des faits.

1. Au sein de la DITP, rattachée au ministère de l’Action et des Comptes publics, l’équipe sciences comportementales a récemment lancé un appel à manifestation d’intérêt auprès des administrations d’État et opérateurs nationaux. Il vise à identifier des problématiques de politiques publiques susceptibles d’être accompagnées dans le cadre d’une approche comportementale. 35 sujets, de tous horizons administratifs ont été soumis.
2. Dualité développée par Daniel Kahneman dans son ouvrage Système 1/Système 2 : les deux vitesses de la pensée.
3. On trouvera un codex des biais cognitifs sur
4. Traduction réductrice de « behavioural insights ».
5. Appartient à cette catégorie le nudge emblématique : la fausse mouche d’urinoir destinée à éveiller, à des fins hygiéniques, le chasseur qui sommeille en chaque homme.
6. Traduit de manière aléatoire en français par paternalisme libertarien ou libéral.
7. Behavioural Insights Team (BIT) britannique, Behavioural Economics Team of the Australian Government (BETA), Social and Behavioural Sciences Team (SBST) d’Obama… : la plupart de ces structures ne se présentent d’ailleurs pas comme dédiées spécifiquement au nudge.

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