De la transformation de l’Etat à la diplomatie digitale : En avant !

Un Etat qui ne s’approprierait pas les codes, les outils et les talents de la révolution numérique, deviendrait rapidement un Etat faible, coupé de la société civile, et finirait par échouer dans sa mission.
Or, nous en sommes convaincus, le développement du numérique, avec ses potentialités en matière d’autonomie et de partage du savoir, mais aussi de nouveaux périls, criminels parfois, monopolistiques pour d’autres, appelle de plus en plus d’action publique pour protéger de mieux en mieux l’autonomie des citoyens et la souveraineté de notre pays.

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La semaine dernière, j’ai quitté mes fonctions à la tête de la DINSIC pour devenir ambassadeur pour le numérique, auprès du ministre des Affaires étrangères.

Après avoir piloté la transformation numérique de l’Etat français, je vais donc me consacrer à la dimension géopolitique de la révolution numérique. Celle d’un cyberespace où se dessinent de nouvelles libertés, où naissent de nouvelles menaces, où s’affrontent et coopèrent de nombreuses puissances, étatiques ou non.

La France mène une ambitieuse politique étrangère en la matière. Elle a noué un dialogue stratégique important avec les autres Etats, avec les grands acteurs économiques et avec la société civile. Il traite de questions essentielles comme la cybersécurité, la neutralité d’internet, la protection des données personnelles, la lutte contre les fake news ou les discours de haine, le multilatéralisme, la souveraineté européenne du numérique. La »Paris Digital Week » de la semaine dernière  en témoigne. Je suis honoré et reconnaissant de rejoindre la mission qui m’est confiée.

Pour autant, je quitte avec regrets l’équipe exceptionnelle que nous avions constituée à Etalab puis à la DINSIC. Une équipe talentueuse, compétente, engagée. Ensemble, nous avons amorcé une transformation profonde et indispensable de l’action publique, qui dépasse largement l’outil informatique. Ce changement – dont nous avons posé des bases solides – nécessite un effort continu et persistant pour s’enraciner durablement.
Avant de passer les rênes à un nouveau directeur, je souhaite partager avec vous quelques lignes de force de cette action , lignes dont je sais qu’elles continueront à animer cette équipe et cette communauté, à la DINSIC et au-delà.

Il y a avant tout nos réalisations
Comme l’a martelé mon ami Mike Bracken, le fondateur du « Government Digital Service » britannique, « Strategy is delivery« . Il est parfois bien difficile, dans une grande organisation, de tenir le cap qui va de la vision à un produit réellement utilisé par des utilisateurs satisfaits.
Depuis presque six ans, nous nous sommes attachés à mener de front plusieurs combats, et surtout à les unir dans une vision commune :
  • le développement et le maintien de ressources utiles à l’ensemble de l’Etat (comme le RIE, FranceConnect ou le Service public de la donnée), 
  • le soutien à la mutualisation de ressources entre ministères pour que l’on cesse de développer 12 ou 15 fois les mêmes solutions et pour que la France se dote enfin d’un socle à la hauteur de son rang, notamment en matière de Cloud computing ;
  • Un travail, passionnant et stimulant, avec l’administration territoriale et avec les collectivités locales, qui s’est traduit notamment par le programme pour le « développement concerté de l’administration numérique territoriale » ;
  • une fonction normative (qui nous a conduits à accompagner fortement l’élaboration de la loi pour une République numérique tout comme à édicter et maintenir un ensemble important de référentiels) ;
  • une mission de contrôle et de suivi des grands projets de l’Etat, avec un travail particulier sur la conduite des grands projets pour que leur histoire cesse de ressembler si fréquemment à celle de la tour de Babel ;
  • le soutien et l’accompagnement de la montée en compétence de l’ensemble des ministères et des agents publics, notamment sur les sujets émergents comme l’ouverture des données, l’intelligence artificielle ou les Datasciences ;
  • un engagement permanent pour l’accessibilité numérique ;
  • et la production croissante de ressources et services numériques dont l’Etat avait besoin, avec notamment les 66 projets des incubateurs de startups d’Etat.

Le tout en essayant sans cesse de pousser dans l’Etat une culture numérique faite d’innovation, d’ouverture, de collaboration, de respect des compétences sur laquelle je reviendrai.

Si vous voulez en savoir plus, vous trouverez un rapport d’activité ici.

Dans cet effort de chaque jour, nous avons pu apporter à l’Etat plusieurs acquis réellement innovants, dont les lecteurs de ce blog mesureront la fidélité au projet que nous dessinions en 2012 avec Nicolas  dans l’Age de la multitude. Ces innovations forment un petit abécédaire :
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A- Le site api.gouv.fr référence une part croissante des « API » que l’Etat développe et partage aujourd’hui. Les API, ça a l’air tout bête. Ce sont simplement des interfaces qui permettent à deux systèmes techniques d’échanger des données sans intervention humaine. Mais ça change tout. Ca permet de rendre d’innombrables composantes du SI facilement interopérables, ça permet donc d’imaginer des nouveaux services à faible coût, puisqu’on n’a pas besoin de retoucher le socle pour développer de nouveaux systèmes. Ainsi, à l’heure où j’écris ces lignes, la seule API « APIentreprise » permet à une cinquantaine d’administrations d’obtenir automatiquement 2,7 millions d’informations par mois… autant de pièces qui ne sont pas demandées aux entreprises. les API, c’est la voie vers le fameux « Dites-le-nous une fois », enfin mis en oeuvre. Les API, c’est le socle de Démarches simplifiées, qui permet désormais de construire une démarche en ligne en quelques heures et permettra ainsi de tenir l’engagement présidentiel de dématérialiser 100% des démarches administratives avant la fin du quinquennat.

Et j’ajouterai que les API, c’est un moyen de rendre les organisations plus intelligentes, puisque les échanges d’informations se font à partir de règles publiques et documentées, et non plus à la tête du client, ce qui fait émerger un ordre bien plus satisfaisant.

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B- La communauté Beta.gouv.fr, c’est la communauté des « startups d’Etat« . Nous les présentons avec Pierre Pezziardi dans notre note à la Fondation pour l’innovation politique. Les startups d’Etat, ça va loin… C’est un programme qui a montré, près de 70 fois déjà, qu’une toute petite équipe de développeurs, soudés autour d’un chef de produit motivé, peut développer rapidement et à coût ultra minimal un produit dont la première version peut être mise en oeuvre en moins de six mois. Et cela, toujours en partant d’un irritant des usagers eux-mêmes, et en leur faisant tester le produit tout au long de sa création. 

De nombreux succès jalonnent cette aventure, comme PIX, La Bonne Boîte, Marchés publics simplifiés, et tant d’autres (la liste est ici). Grâce à l’incubateur, les ressources deviennent des produits, des services, voire des politiques publiques. A quoi bon ouvrir son code et ses données si personne ne sait s’en servir ? Et inversement, comment bâtir une plateforme autrement qu’à travers de réels retours d’usage ? Beta.gouv porte en lui un potentiel qui déborde largement l’informatique, puisqu’il nous conduit à interroger toute l’organisation bureaucratique de l’Etat. Prendre acte du fait que de petites équipes engagées, autonomes, focalisées sur la satisfaction des usagers font, plus vite, moins chers, des produits qui fonctionnent, sans avoir besoin d’innombrables plans et de validations, c’est essentiel. Rien d’étonnant à ce que ce programme s’attaque désormais à de très grand projets, comme le programme SIRHEN ou le Pass culture

Derrière ce programme, il y a surtout une communauté croissante d’intrapreneurs des administrations, de développeurs impliqués dans la vie publique, et le réseau des incubateurs des ministères ou des opérateurs comme Pôle emploi.
Mon seul regret, finalement, est de l’avoir baptisé « startup d’Etat », ce qui pourrait laisser penser que ces projets sont confiés à des startups alors que le programme a simplement importé dans l’Etat le meilleur des compétences qui font le succès des startups.

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C- Code.gouv.fr, c’est un projet vers lequel nous nous acheminons avec l’ouverture des codes et la politique de contribution au logiciel libre. A terme, l’Etat devrait ouvrir un grand magasin de logiciels libres, accessibles à l’ensemble des acteurs de l’intérêt général. Mais nous avons mis beaucoup de briques en place, travaillant à la construction de Communs comme Openfisca ou la Base adresse, soutenant une ambitieuse politique de soutien à la contribution des acteurs publics au logiciel libre, travaillant avec un nombre croissant de communautés comme Matrix/Riot qui nous a permis de prototyper Tchap, une messagerie sécurisée pour le plus grand nombre, et surtout, soutenant les efforts d’Axelle Lemaire pour que l’Etat recoure de manière accrue au logiciel libre et pour que les productions de l’Etat soient clairement partagées sous licences libres. Le soutien de la DINSIC à l’initiative Software heritage n’est pas un hasard….

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D- Data.gouv.fr, c’est notre plateforme d’open data. L’open data, ça part de l’idée que les données produites ou détenues par l’Etat ont vocation à être accessibles au plus grand nombre, aussi bien pour garantir la démocratie que pour améliorer le fonctionnement de l’Etat et stimuler l’économie. En quelques années, la France s’est hissée dans les 3 ou 4 leaders de l’open data.L’engagement de la DINSIC, et notamment de la mission Etalab, a suscité un vaste mouvement d’ouverture des données, désormais consacré par la loi qui organise « l’open data par principe ». 

Nous avons également soutenu l’ouverture de l’action publique, nous inscrivant dans le mouvement mondial pour un gouvernement ouvert, accueillant en 2016 le sommet mondial de l’Open Government Partnership.
Nous avons ainsi travaillé l’ambition progressive de transformer l’ouverture de données brutes en la création d’infrastructures pérennes et crédibles : le service public de la donnée, mais aussi les « open data sectoriels », taxis, transport, adresse… et d’autres à venir.
Et enfin, nous avons poussé l’utilisation de ces données au service de l’action publique, d’abord en créant la fonction d’administrateur général des données, qui se répand désormais dans les ministères (voir ses deux rapports ici et ici), un pôle de datasciences, puis en soutenant l’appropriation progressive de l’intelligence artificielle par les administrations et notamment la mise en oeuvre du rapport Villani.

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E- Le programme des Entrepreneurs d’intérêt général, également porté par Etalab, illustre l’apport du collectif humain et l’intégration de compétences numériques, en ouvrant l’action publique en l’ouvrant aux profils rares et atypiques. Les « EIG », c’est un programme qui s’inspirait au début des « innovation fellows » de la Maison Blanche d’Obama, et qui consiste tout simplement à proposer aux administrations qui buttent devant un défi insoluble de recruter pour 10 mois un profil rare et atypique comme on en connaît dans le web : serial entrepreneur, chercheur, militant associatif… Nous sommes à la troisième génération de ce programme et l’engagement, la créativité, la solidarité et l’envie de transmettre de ces EIG ne cessent de nous impressionner, tandis que la liste de leurs succès ne cesse de croître.

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F- Avec France Connect, la DINSIC a conçu et développé une brique essentielle de l’Etat plateforme, permettant de s’identifier et de s’authentifier sur un nombre croissant de sites publics, et bientôt privés. Un simple bouton de connexion, en apparence. Une alternative à Facebook Connect protégeant la vie privée, en fait. Une ressource pour rendre tous les service publics en ligne interopérables et bâtir en sécurité des services personnalisés.  Une ressource permettant, avec le le consentement des usagers, d’échanger entre administrations des données les concernant, et de leur éviter ainsi de fournir des informations que d’autres possèdent déjà. Avec déjà 7 millions d’urtilisateurs réguliers et plus de 500 services, France Connect prépare une grande bascule de l’informatique d’Etat.

J’aurais aimé poursuivre cet abécédaire jusqu’à Z… Mes successeurs, et cette magnifique équipe, le feront.
Mais il y eut aussi un inlassable combat culturel

Des réalisations concrètes, réellement utilisées, par des usagers satisfaits… ce fut pendant cinq ans notre alpha et notre oméga. Mais pour que l’administration entière prenne et tienne ce cap, il ne suffit ni de décrets, ni de succès. Il faut que des milliers d’agents entrent dans un nouveau régime et que les organisations les autorisent.

La DINSIC est née au sein du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique. La transformation de l’Etat et des services publics, au service de l’intérêt général, des libertés fondamentales et de la souveraineté du pays, sont au coeur de son ADN.
Cette équipe, composée de nombreux contractuels et d’agents issus de quasiment tous les ministères, a cette ambition chevillée au corps. Vivant au quotidien la révolution numérique, elle sait que l’Etat, pour exercer ses missions, a besoin de réussir sa métamorphose numérique, de trouver de nouvelles manières de délivrer ses services, une nouvelle stratégie technologique , de nouvelles manières de protéger les citoyens et de garantir leurs libertés, une nouvelle manière d’agir dans le monde économique et social. 
Un Etat qui ne s’approprierait pas les codes, les outils et les talents de la révolution numérique, deviendrait rapidement un Etat faible, coupé de la société civile, et finirait par échouer dans sa mission.
Or, nous en sommes convaincus, le développement du numérique, avec ses potentialités en matière d’autonomie et de partage du savoir, mais aussi de nouveaux périls, criminels parfois, monopolistiques pour d’autres, appelle de plus en plus d’action publique pour protéger de mieux en mieux l’autonomie des citoyens et la souveraineté de notre pays.
C’est pourquoi, au delà des réalisations concrètes, ou plutôt à travers les réalisations concrètes, la DINSIC a également essayé d’être en permanence le catalyseur d’une triple révolution :

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– Une révolution culturelle

La transformation numérique de l’Etat, c’est avant tout une transformation de l’Etat.

Une transformation interne tout d’abord, comme je l’évoquais dans mon dernier billet. Une transformation à la fois managériale et organisationnelle. Parce que l’époque dans laquelle nous sommes entrés, marquée par un niveau d’éducation mondiale sans précédent, l’abondance des informations, la puissance et la diffusion des outils, la capacité sans équivalent de petits groupes à s’organiser et se synchroniser, cette époque a besoin d’agilité, d’intelligence collective, elle permet une interaction permanente avec les usagers et donc une amélioration des services en fonction de leur satisfaction réelle.

Une transformation du rôle même de l’Etat, que nous avons cherchée dans l' »open government« , avec cette conviction que l’action publique procède des citoyens et sert les citoyens, et qu’elle se juge dans les capacités d’agir, d’apprendre, d’entreprendre qui leur sont rendues.

Ouverture, transparence, concertation, contribution, « empowerment« , administration libérée, intelligence collective, société civile, communs contributifs… font partie depuis cinq ans de notre vocabulaire quotidien. Parce que la visée de la transformation numérique de l’Etat, c’est la dignité et la puissance des citoyens.

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– Une stratégie technologique

L’Etat, comme la plupart des grandes organisations, a tardé à saisir le virage numérique parce qu’il s’est enlisé dans une mauvaise stratégie numérique. La sous-traitance massive de projets conçus loin des utilisateurs, sans les utilisateurs, développés dans des cycles longs et onéreux, sans se permettre de pivoter en fonction des usages. Les grands projets avec leurs logiciels dédiés, fermés et propriétaires. Les silos administratifs qui font que l’on refait sans cesse les mêmes fonctionnalités en perdant tous les bénéfices que l’on peut attendre de l’interopérabilité entre les systèmes…

Pour casser cette dynamique, nous avons tenté de pousser sans relâche un concept important : l’Etat plateforme. L’Etat plateforme c’est une stratégie technologique au service d’une logique de l’action publique.

Technologiquement, c’est l’idée qu’un système d’information doit être bâti pour permettre un maximum d’usages différents, par l’administration et la société civile. Il doit donc être constitué en petits modules interopérables, donner la priorité aux standards ouverts (que tout le monde s’approprie aisément), il doit être développé avec les méthodes de l’amélioration incrémentale et continue (l’agilité), il doit permettre le partage maximal des informations (grâce aux fameuses API) – mais aussi de briques fonctionnelles comme l’identité, le paiement, etc. -, il doit penser dès l’origine la possibilité de la participation et l’intégrer dans les principes de design, il doit recourir au maximum aux données d’usages, et apprendre de ses « hackers ». Ces principes sont essentiels et ont guidé tous les développements de la DINSIC, qui sont fréquemment partagés sur Github.

Politiquement, ce système d’information d’un nouveau genre permet une très forte interaction avec la société civile, il permet comme le montrent par exemple les 312 services accueillis dans l’emploi store de Pôle emploi, de stimuler autour de l’Etat tout un écosystème d’innovation qui le réveille, le complète, le défie parfois et lui permet d’améliorer encore le service au public.

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– Une stratégie de souveraineté

Enfin, nous avons essayé d’être les défenseurs inlassables d’une véritable souveraineté, parce que la souveraineté (de l’Etat, des collectivités locales, de l’économie) est la condition de l’autonomie des citoyens.

La réinternalisation de fonctions critiques (comme le RIE, comme bientôt je l’espère le Cloud), l’intégration dans l’Etat de capacités de développement pointues, la souci de la filière RH des métiers du numérique et de l’informatique, l’ouverture des ressources de l’Etat-plateforme aux innovateurs de la société civile, les données avec data.gouv.fr, le service public de la donnée et, dernier en date, France Connect, la conception, sur une souche libre, avec les méthodes agiles, d’une messagerie sécurisée (Tchap), le développement, avec l’ANSSI, d’une méthode agile de sécurisation des projets, toutes ces démarches participent d’une même ambition, qui nous a animés au quotidien.

***


Une souveraineté réelle – exigeante en matière de sécurité -, le respect des valeurs des sociétés ouvertes – qui ont animé les débuts de la révolution numérique-, une stratégie technologique ambitieuse et maîtrisée… ces trois combats, la France les porte aussi à l’international. Ce sera donc un privilège de les porter dans de nouvelles enceintes. Et je sais que je pourrai compter sur le fabuleux gisement de talents rassemblés à la DINSIC.

En avant !

Le piéton, en marche vers les mobilités futures

Enfin, si le piéton gagne du terrain dans l’argumentaire politique et dans les usages mobiles, il rencontre également plus d’écho dans le champ scientifique. «Jusqu’à présent essentiellement mobilisée par la science accidentologique et sécuritaire (feux rouges, traversée des voies évacuation de lieux accueillant du public, etc.), la figure du piéton intéresse désormais des disciplines multiples », remarque Jérôme Monnet, géographe-urbaniste, professeur de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Urbanisme, architecture, géographie, design, droit, économie, épidémiologie, histoire, psychologie, sciences politiques, sociologie sont totalement légitimes à faire du piéton un objet de recherche.

Des voies sur berges redonnées aux piétons à Paris aux centres-villes d’Oslo et de Madrid : les grandes métropoles sont de plus en plus nombreuses à exfiltrer la voiture de leurs aires centrales. Ainsi, le 8 octobre 2018, la City of London Corporation, autorité du district du Square Mile, le quartier financier de Londres, présentait un plan visant à interdire la voiture sur la moitié de ses rues. 

Ces stratégies visent à répondre aux mêmes enjeux de santé publique, de pollution environnementale, d’engorgement des espaces et d’attractivité territoriale. Avec, à la clé, une émancipation supposée des mobilités pédestres« Depuis une dizaine d’années, les préoccupations des acteurs publics convergent vers la promotion de la marche. Et quand on analyse l’évolution des modes de mobilité sur la dernière décennie, on constate que la marche est celui qui progresse le plus », souligne Léa Marzloff, directrice veille et analyses stratégiques de Chronos, cabinet d’études prospectives spécialisé sur les enjeux de mobilité.

Le piéton augmenté

Pour les élus, les acteurs publics et privés de la ville, il s’agit avant tout de comprendre comment le piéton interagit avec l’ensemble des parties prenantes de l’environnement urbain. « La marche est la cellule souche de la mobilité et la personne mobile devient le nouveau paradigme de la mobilité urbaine », résume Georges Amar, prospectiviste, chercheur associé à l’école des Mines ParisTech.

Cette entrée par les usages constitue également un prérequis méthodologique pour tous les fournisseurs du marché ultra-foisonnant des services informatiques mobiles : applications de géolocalisation, de cartographie, de co-piétonnage, d’auto-stop, d’aide au déplacement des personnes à mobilité réduite, etc. 

De même, difficile aujourd’hui pour la R&D des gros équipementiers urbains d’occulter la montée en puissance du piéton augmenté dans la structuration des mobilités. « La manière dont le piéton habite l’espace public urbain oriente nécessairement nos offres », confirme Albert Assaraf, directeur stratégie, data et usages de JCDecaux. Et de citer les 2.000 abribus parisiens tous dotés d’un port USB pour la libre recharge des terminaux mobiles. 

Territoires de courte distance

Circularité numérique oblige, les applis et équipements constituent autant de relais de données alimentant un matériau substantiel d’analyse. Les apps podométriques téléchargés par des milliers mobinautes pour compter leurs pas chaque jour, ont ainsi permis au MIT Senseable City Lab de visualiser les déplacements pédestres à Boston. 

On peut supposer que demain, capteurs, caméras, robots, drones et algorithmes travailleront à mesurer et servir les comportements des piétons, dans une logique de conception et d’animation de zonages urbains. « La réflexion sur des territoires de courte distance concentrant l’essentiel des services de la vie quotidienne dans un périmètre d’accessibilité n’imposant pas plus d’un quart d’heure de marche se nourrit d’un travail préalable sur la data », note Léa Marzloff. 

Le piéton, objet de recherches

Le piéton polarise donc de plus en plus les attentions des différents acteurs de la filière des mobilités urbaines. Pour autant, cette convergence ne doit pas masquer de réelles différences de valeurs d’usage. « La valeur du déplacement pédestre peut résider dans sa fonctionnalité – j’emprunte le mode de déplacement le plus performant pour me rendre d’un point à un autre – ou dans sa qualité – je ma promène, je déambule », décrypte Jérôme Monnet, géographe-urbaniste, et professeur de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. 

Le cas des déplacements pédestres professionnels (facteurs, ilotiers, balayeurs, policiers, livreurs), souvent négligé dans les recherches, appelle par exemple des outils de lecture spécifiques, aujourd’hui à inventer. 

Enfin, si le piéton gagne du terrain dans l’argumentaire politique et dans les usages mobiles, il rencontre également plus d’écho dans le champ scientifique. «Jusqu’à présent essentiellement mobilisée par la science accidentologique et sécuritaire (feux rouges, traversée des voies évacuation de lieux accueillant du public, etc.), la figure du piéton intéresse désormais des disciplines multiples », remarque Jérôme Monnet, géographe-urbaniste, professeur de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Urbanisme, architecture, géographie, design, droit, économie, épidémiologie, histoire, psychologie, sciences politiques, sociologie sont totalement légitimes à faire du piéton un objet de recherche.

A Barcelone, des initiatives ouvertes et collaboratives pour résister à l’ubérisation des villes

L’alliance des « Sharing cities » regroupe 42 métropoles ou grandes villes (dont Amsterdam, Athènes, Atlanta, San Francisco, Montréal…) unies contre les « impacts négatifs » de l’économie de plates-formes. Dans une déclaration communepubliée le 12 novembre, elles ont adopté dix grands principes pour encadrer les négociations avec les acteurs de l’économie de plates-formes, comme Airbnb ou Uber. On y trouve, entre autres, le respect des droits du travail et des utilisateurs, la transparence des algorithmes, la souveraineté des municipalités, l’intérêt général et le respect des besoins et du contexte des habitants

Publié
20 hours ago

Réunies dans la cité catalane du 12 au 15 novembre, 42 municipalités regroupées au sein de l’alliance des « Sharing cities » ont partagé leurs expériences de plates-formes collaboratives respectueuses des habitants.

Par Claire Legros

Temps de lecture : 3 min

Barcelone – ici le 31 janvier 2018 – est devenue l’un des bastions de la résistance à l’ubérisation des villes.
ALBERT GEA / REUTERS

C’est la grand-messe annuelle de la « tech » urbaine, l’un des rendez-vous les plus prisés de la ville connectée. Sécurité, mobilité, habitat intelligent… dans le vaste hall d’exposition du Smart City Expo World Congress (SCEWC) de Barcelone, les plus grandes entreprises mondiales étaient venues de loin, Dubaï, Israël ou Shanghaï, pour présenter du 12 au 15 novembre dans la cité catalane leurs plates-formes centralisées ou leurs systèmes de pilotage clé en main de la ville de demain.

Avec ses canapés fabriqués à partir de palettes de chantier, le stand des « Sharing cities » (villes du partage) tranchait au milieu de ce temple de la « data urbaine ». Pendant trois jours, des conférences y ont été organisées autour de la participation des habitants et des modèles économiques coopératifs.

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L’alliance des « Sharing cities » regroupe 42 métropoles ou grandes villes (dont Amsterdam, Athènes, Atlanta, San Francisco, Montréal…) unies contre les « impacts négatifs » de l’économie de plates-formes. Dans une déclaration commune publiée le 12 novembre, elles ont adopté dix grands principes pour encadrer les négociations avec les acteurs de l’économie de plates-formes, comme Airbnb ou Uber. On y trouve, entre autres, le respect des droits du travail et des utilisateurs, la transparence des algorithmes, la souveraineté des municipalités, l’intérêt général et le respect des besoins et du contexte des habitants…

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Les villes inventent de nouvelles façons de jouer collectif

Entreprises socialement responsables

Un autre de leurs objectifs est de promouvoir des entreprises socialement responsables à l’échelle locale. Encore timide, un écosystème alternatif commence à voir le jour autour de projets numériques sous licence libre, dont les outils peuvent être partagés et mutualisés d’une ville à l’autre. Le modèle économique de ces initiatives repose non pas sur la propriété du logiciel mais sur l’accompagnement et les services associés, ou sur la création de coopératives dotées de règles de gouvernance horizontales.

C’est notamment le cas de Fairbnb, un collectif qui développe une plate-forme en réaction à « l’absence de régulation, de transparence et de responsabilité » d’Airbnb. « Notre outil est à la disposition des collectifs d’habitants qui veulent créer des coopératives locales et sont soucieux de l’impact des locations de courte durée sur le voisinage », précise Sito Veracruz, coordinateur du projet.

Dans le domaine de la mobilité, deux coopératives locales, Som mobilitat (Barcelone) et Partago (Gand, Belgique) ont codéveloppé un logiciel de partage de véhicules électriques et veulent créer « une coopérative à l’échelle européenne », selon Lukas Reichel, coordinateur technique du projet catalan. Seize voitures circulent dans l’agglomération de Barcelone.

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Résistance à l’ubérisation des villes

Ce n’est pas un hasard si la conférence annuelle des « Sharing cities » s’est tenue au SCEWC de Barcelone, après New York (2016) et Amsterdam (2017). La capitale catalane est aujourd’hui l’un des bastions de la résistance à l’ubérisation des villes et vient de lancer avec New York et Amsterdam la coalition des villes pour les droits numériques.

Elue en 2015 sur un programme baptisé « Barcelona en comù » (Barcelone en commun), sa maire, Ada Colau, a déployé des standards éthiques et de transparence pour les projets numériques de la ville. « Nous voulons redonner aux citoyens la souveraineté et le contrôle démocratique sur les outils déployés. Nous avons besoin d’alternatives décentralisées et qui respectent leurs droits », assure Francesca Bria, responsable de l’innovation de la municipalité.

Il s’agit de faciliter la participation des habitants à la prise de décision municipale tout en protégeant leur vie privée

Initiative emblématique de cette politique, la plate-forme Decidim, lancée au début de 2017 en collaboration avec des chercheurs de l’Université ouverte de Catalogne, vise à faciliter la participation des habitants à la prise de décision municipale tout en protégeant leur vie privée. Financée à 90 % par la municipalité, elle est sous licence libre, c’est-à-dire que son code est ouvert et peut être copié, modifié et utilisé par d’autres collectivités.

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« Beaucoup de villes investissent dans des solutions numériques privées, c’est dommage, explique Arnau Monterde, chercheur et membre de l’équipe. Le secteur public paye des compagnies qui capturent et centralisent les données. A Barcelone, nous croyons que l’argent public doit être investi dans des projets publics qui servent les Barcelonais et peuvent profiter à tous. »

Decidim est traduite en dix-sept langues et utilisée par plusieurs villes et collectivités en France (la ville de Nancy, la métropole de Lille, la région Nouvelle Aquitaine, le département du Loiret…).

D’autres billets à propos de ressources partagées sur le blog Chronique des communs

Contact : c.legros@lemonde.fr ou sur Twitter@clairelegros

Des vélos-pupitres installés dans les bibliothèques de Montréal

Le vélo-pupitre permet aux enfants de canaliser leur énergie en pédalant, ce qui les aide à mieux se concentrer tout en étant assis », explique Élizabeth Jacques, bibliothécaire à la Bibliothèque Robert-Bourassa d’Outremont, à Radio Canada.

Si certains vélos-pupitres sont réservés aux enfants, d’autres pourront être utilisés par les adolescents et les adultes.

Forcément, l’aspect insolite de ces équipements a été à l’origine d’un engouement sans précédent dans les bibliothèques où les vélos-pupitres ont été installés — si bien qu’un système de réservation sera sans doute mis en place.

Les bibliothèques de Montréal ont installé un dispositif un peu particulier, des vélos-pupitres. Les 45 bibliothèques municipales de la ville hébergeront bientôt 57 places équipées à la manière d’un vélo d’appartement. Ce mobilier particulier n’a pas pour vocation de pouvoir lire sans s’arrêter, tout en faisant de l’exercice, mais d’aider à la concentration en canalisant l’énergie.

 


Un vélo-pupitre (photo d’illustration)
 

 

Pensés pour les personnes souffrant de troubles de l’attention, les vélos-pupitres vont rejoindre petit à petit les établissements de la ville de Montréal. « Le vélo-pupitre permet aux enfants de canaliser leur énergie en pédalant, ce qui les aide à mieux se concentrer tout en étant assis », explique Élizabeth Jacques, bibliothécaire à la Bibliothèque Robert-Bourassa d’Outremont, à Radio Canada.

Si certains vélos-pupitres sont réservés aux enfants, d’autres pourront être utilisés par les adolescents et les adultes. 

Forcément, l’aspect insolite de ces équipements a été à l’origine d’un engouement sans précédent dans les bibliothèques où les vélos-pupitres ont été installés — si bien qu’un système de réservation sera sans doute mis en place.

Dyspraxiatheca : des ressources pour

les élèves atteints de dyspraxie

L’acquisition et l’installation des vélos-pupitres s’inscrivent dans une politique d’accessibilité renforcée mise en œuvre dès 2017, avec l’ajout aux collections de livres audio, de livres à gros caractères ou encore de jeux de société adaptés.

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Viry-Châtillon : la ville veut vous mettre au sport

Ces expérimentations résultent de divers ateliers et enquêtes organisés depuis un peu plus d’un an par l’agence The Insperience.co, spécialisée dans le design de service public et mandatée par la municipalité.

Depuis quelques jours, l’ensemble des habitants a la possibilité de signer la charte baptisée « ViryVerySport ». Ce précieux sésame donne accès à son signataire à un pass permettant trois essais sportifs gratuits. « Pour cette première expérimentation, ces essais concernent quelques équipements tests qui sont un terrain de basket, un court de tennis ainsi que la halle des sports et la piste de roller qu’elle abrite », précise le maire Jean-Marie Vilain (Les Centristes).

Les sédentaires n’auront bientôt plus aucune excuse. A Viry-Châtillon, le concept du sport pour tous est en passe de devenir une réalité bien concrète. Ce dimanche, lors de sa traditionnelle fête des associations, la commune a présenté aux habitants les premières mesures prises afin de favoriser la pratique d’activités physiques par le plus grand nombre. Ces expérimentations résultent de divers ateliers et enquêtes organisés depuis un peu plus d’un an par l’agence The Insperience.co, spécialisée dans le design de service public et mandatée par la municipalité.

Depuis quelques jours, l’ensemble des habitants a la possibilité de signer la charte baptisée « ViryVerySport ». Ce précieux sésame donne accès à son signataire à un pass permettant trois essais sportifs gratuits. « Pour cette première expérimentation, ces essais concernent quelques équipements tests qui sont un terrain de basket, un court de tennis ainsi que la halle des sports et la piste de roller qu’elle abrite », précise le maire Jean-Marie Vilain (Les Centristes).

Des essais gratuits et des équipements ouverts à tous

Sur ces infrastructures habituellement occupées par les licenciés des divers clubs sportifs, des créneaux horaires seront bloqués pour une mise à disposition du grand public. Il sera bientôt possible de disputer une partie de basket entre amis, d’affronter ses collègues au tennis ou tester ses nouveaux rollers sur les installations de la ville.

« C’est une démarche positive dans la mesure où elle donne accès au sport au plus grand nombre, se félicite Cédric Martin, le président du club de roller de Viry. Pratiquer le roller a un coût, et dans cette démarche, notre club s’est engagé à prêter du matériel aux personnes qui viennent faire un essai. Par ce biais, les clubs partenaires auront aussi la possibilité d’attirer de potentiels adhérents supplémentaires ce qui n’est pas négligeable. »

Afin de rendre possible ces ouvertures supplémentaires d’équipements, la commune a dû réaménager les horaires de service de son personnel, et notamment des gardiens. « Nous avons aussi décidé de récompenser les associations sportives qui s’engagent dans cette charte en leur accordant des subventions supplémentaires », poursuit Jean-Marie Vilain.

La loi de Brandolini ou le principe d’asymétrie du baratin : un défi pour les scientifiques

La loi de Brandolini s’énonce de la façon suivante : « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer ».

La loi de Brandolini s’énonce de la façon suivante : « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer ».

Pourtant, comme le rappelle Phil Williamson dans un article publié dans la revue Nature le 8 décembre 2016 (et qu’on peut lire ici), cela ne doit pas décourager les scientifiques de démonter, un par un et avec une infinie patience, affirmations sans preuves, racontards grotesques, prétentions pseudoscientifiques et irrémédiables baratins (profonds, pseudo-profonds ou pas du tout profonds).

Baratins et racontards, souvent alarmistes et complotistes, ont le vent en poupe, à la faveur des médias sociaux qui diffusent avec d’autant plus de célérité les informations que celles-ci paraissent choquantes, ou aller à contre-courant des conventions. C’est ce qu’on peut appeler le « scoopisme », propension à détecter, apprécier et propager un scoop, c’est-à-dire du neuf, de l’inattendu et du spectaculaire, dont il est attendu, par l’internaute qui le diffuse, qu’un peu de l’attention qu’il suscitera inévitablement lui reviendra en propre. En somme, celui qui relève, diffuse et amplifie la nouvelle extraordinaire, gagne aussi à être connu !

Gerald Bronner, dans l’excellent « La démocratie des crédules » (PUF, 2013) a décrit ces mécanismes d’influence via internet, amplificateur assourdissant des théories les plus fumeuses.

Aussi, et pour rendre compte de cette quantité énergétique colossale (1) nécessaire au « dégonflage » des baratins et racontards, on peut repérer plusieurs points relevant directement de l’asymétrie de Brandolini :

Asymétrie de l’impact : la diffusion assure au baratin un impact bien plus élevé que tous les désamorçages qui suivent.

Asymétrie de la rétention mnésique : la trace laissée dans la mémoire par le baratin est bien plus profonde que toutes informations qui viendront ensuite le démentir

Asymétrie de l’onction : celui qui propage du baratin est oint d’une aura avantageuse, tandis que celui qui tente de ramener à la raison, est un rabat-joie, un pisse-froid, ou un tâcheron laborieux qui ne comprend rien à la gloriole de l’info.

Voilà à quoi doivent s’atteler ceux qui pensent qu’on vit dans un monde complexe, où tout ce qui brille n’est pas de l’or. Quitte à devoir labourer toujours le même sillon. Il faut imaginer Sysiphe heureux.

En fin d’article, P. Williamson appelle à contribuer sur internet, ou mieux, d’édifier des sites d’appréciation collective, type « Tripadvisor », qui permettrait de moduler les informations du web, pour améliorer la qualité globale de l’information sur le web. Les derniers évènements politiques, et peut-être, ceux à venir, soulignent cette nécessité vitale de donner à l’épreuve des faits toute sa place dans la culture du web.


>> Notes

  1. On peut mettre en équation cette somme énergétique (E) nécessaire au dégonflage, en fonction du caractère alarmiste de la prétendue information (A), du crédit attribué à celui qui la diffuse (C), et, not the least, du caractère « occulté », « secret », que le dévoilement courageux a permis de rendre visible (S). La quantité d’énergie nécessaire à la production de cette information (e) est généralement suffisamment nulle pour pouvoir être négligée (e tend vers 0). E sera d’autant plus important (E tend vers KOLOSSAL), que A, C et S sont significatifs.

Le nudge en action à Paris

Les idées les plus simples sont souvent les plus efficaces pour mettre en place des dispositifs de nudge. Le coût est souvent très accessible pour une collectivité, le nudge complète utilement l’action publique et s’inscrit dans une stratégie durable de gestion des espaces urbains », précise Emmanuel Grégoire

« Uritrottoirs » installés dans les rues de Paris, recours à des designers ou street-artistes pour habiller et rendre plus visibles les poubelles sur les trottoirs du canal Saint Martin, passages piéton 3D pour faire ralentir les automobilistes, « minuteur sonore » dans les douches pour diminuer la consommation d’eau, visuels chocs sur des affiches dans le métro pour inciter à ne pas jeter ses mégots de cigarette sur la voie publique, éclairage fort dans les passages obscurs ou sous les ponts pour prévenir les agressions, végétalisation de l’espace urbain dans les banlieues pour rendre la vie plus douce… Les exemples sont nombreux pour illustrer aujourd’hui ce phénomène du nudge, « coup de pouce » en anglais, consistant à trouver des petites astuces pour changer les comportements en douceur. Les Parisiens ou les Parisiennes ont déjà été confrontés, sans le savoir, aux effets du nudge dans les espaces publics. La ville de Paris expérimente cette démarche innovante depuis plusieurs années.

La dimension comportementale est fondamentale dans les politiques publiques. La propreté et la sécurité font partie des secteurs où la démarche nudge est la plus importante. L’objectif des expérimentations parisiennes dans ces deux secteurs est de faire évoluer les comportements des Parisiens et des Parisiennes dans un espace urbain très dense et très peuplé. Toutes les grandes villes connaissent des problèmes de propreté et de sécurité car il y a une sur-occupation de l’espace public, explique Emmanuel Grégoire, le Premier adjoint à la mairie de Paris.

Aujourd’hui, les techniques de nudge sont principalement utilisées par la mairie de Paris pour remédier à ces problèmes de sur-occupation de l’espace public, pour améliorer les résultats des politiques publiques en matière de propreté. Des résultats qui reposent principalement sur des comportements individuels responsables.

« Les 30 000 corbeilles « Bagatelle », imaginées par le cabinet d’architectes Wilmotte, déployées dans la capitale entre 2013 et 2015, disposent d’écrase-cigarette (éteignoirs) pour éviter que les fumeurs jettent leurs mégots sur la voie publique. Nous travaillons aussi sur de nouvelles poubelles dotées de vrais cendriers », explique Emmanuel Grégoire. Une incitation douce pour changer le comportement des fumeurs dans les rues de Paris.

Selon les services de propreté de la ville de Paris, 350 tonnes de mégots sont ramassées chaque année !

Pour accompagner ces changements de comportement, la mairie de Paris a même lancé, avec un certain succès, l’application mobile DansMaRue pour permettre aux Parisiens et aux Parisiennes de transmettre directement les anomalies depuis les rues ou les parcs de Paris.

En matière de propreté, la RATP vient aussi de lancer, dans le cadre de son nouveau plan propreté, un nouveau dispositif d’affichage nudge pour encourager à adopter un meilleur comportement en matière de propreté. Ce dispositif d’affichage va être testé dans 3 stations de métro (Bonne nouvelle (ligne 9), Gabriel Péri (ligne 13) et Jaurès (ligne 2, 5 et 7) et une gare RER (gare de Chessy Marne-la-Vallée (RER A), avant d’être généralisé dans plus de 40 stations du réseau RATP et les grandes gares parisiennes dès 2019.

Et demain, à quoi ressemblera le nudge à Paris ?

L’organisation des Jeux olympiques d’été à Paris en 2024 donne quelques indications sur ce que pourrait être l’usage du nudge dans la capitale française dans les années à venir. En effet, dans le cadre du « Nudge Challenge Paris 2024 », la ville de Paris a retenu 8 initiatives inspirées de ces incitations douces qui seront mises en place durant les jeux olympiques. Envoyer des pop-ups et des notifications sur les smartphones des visiteurs pour les inciter à utiliser les transports en commun, disposer des empreintes au sol pour guider les usagers du métro vers les escaliers plutôt que les escalators, placer un minuteur dans les douches du village olympique afin que les athlètes y passent moins de temps, proposer un autocollant indiquant leur pays d’origine aux visiteurs désireux d’entrer en contact avec des personnes d’autres cultures, promouvoir l’utilisation de doggy bags dans les restaurants de Paris pour lutter contre le gaspillage alimentaire (via une autocollant ou une boîte de récupération), placer au-dessus des poubelles des miroirs pour attirer le regard et inciter à les utiliser, placer des autocollants aux pieds des spectateurs, dans les stades, pour les inviter à jeter leurs déchets dans les poubelles. Voilà quelques unes des astuces et techniques destinés à changer nos comportements.

« Les idées les plus simples sont souvent les plus efficaces pour mettre en place des dispositifs de nudge. Le coût est souvent très accessible pour une collectivité, le nudge complète utilement l’action publique et s’inscrit dans une stratégie durable de gestion des espaces urbains », précise Emmanuel Grégoire.

Pour aller plus loin :

KENYA : Le revenu universel, de l’expérimentation à la mise en pratique

Give Directly a étudié, durant les deux ans de l’expérience, le comportement des habitants qui recevaient le revenu universel. Si, au début, l’ONG craignait de voir l’argent dépensé n’importe comment par les villageois, le temps à prouver l’inverse. Les habitants ont rapidement su utiliser leur revenu de façon efficace et durable. Certains ont repris des études pour leur permettre d’avoir un emploi qui leur ferait gagner plus, d’autres ont investi dans du matériel afin de créer une petite entreprise pour gagner plus, d’autres encore ont entrepris des travaux afin d’améliorer leur condition de vie…

Faut-il mettre en place un revenu universel pour tous ou non? Est-ce la solution pour sortir les individus d’une situation de pauvreté sur du long terme ou n’est-ce qu’un leurre? Réponse avec l’exemple d’une expérience qui a bien tournée au Kenya.

Expérimenter le concept sur un village pilote

Give Directly est une ONG américaine qui expérimente le concept du revenu universel. Puisque la mise en place d’une telle aide est une idée présente dans de nombreuses sociétés, Give Directly cherche à récolter le plus d’informations possibles sur ce sujet afin de vérifier sa réelle efficacité à sortir les gens de la pauvreté et à modifier la façon d’apporter une aide humanitaire à une région sinistrée.

Leur méthode consiste à donner de l’argent directement aux personnes qui en ont besoin et non pas de créer pour eux des solutions toutes faites ou encore moins de décider à leur place. Créée en 2010, cette ONG veut savoir comment le taux de pauvreté et de précarité évolue si l’on change la façon “traditionnelle” d’apporter de l’aide aux plus démunis. Pour mener son étude, Give Directly a choisi de donner un revenu universel aux membres d’un village pauvre du Kenya durant 2 ans. Le but étant de voir ensuite comment cet argent était dépensé et si il aidait à sortir les personnes de leur situation de pauvreté.

Le village pilote est un village dont le nom est tenu secret (afin d’éviter les convoitises). Il se situe dans la région pauvre de Bondo, au Kenya. Village rural, les gens y vivent de la culture du maïs, du millet et du coton. Un village tout à fait classique dans cette partie du monde. Cette petite communauté a été sélectionnée par l’ONG pour son taux de pauvreté et sa stabilité. Ses 93 habitants reçoivent chacun depuis octobre 2016 la somme de 20 euros par mois, versée par transfert d’argent sur leur téléphone portable.

Cette expérimentation menée durant les deux dernières années a permis à l’ONG de constater les retombées positives d’un revenu universel alloué personnellement à chaque habitant. C’est pourquoi Give Directly a décidé de mettre en place son véritable plan d’action. Il s’agit d’exporter le concept du revenu universel à beaucoup plus de villages et beaucoup plus d’habitants au cours des 10 prochaines années. Au total, c’est une aide de 26 millions de dollars qui va être distribuée main à la main à plus de 20.000 personnes.

Conséquences et limites d’un tel système

Le revenu universel doit servir à modifier la vie de ses bénéficiaires pour les faire, in fine, sortir de la précarité et de la pauvreté. Le principe de l’aide humanitaire demeure puisqu’on vient en aide à des personnes en situation de détresse mais elle est différente car on leur donne directement de l’argent et on les laisse décider de ce qu’ils veulent en faire. La personne aidée elle-même sait comment soulager sa situation ou comment dépenser utilement cet argent.

Give Directly a étudié, durant les deux ans de l’expérience, le comportement des habitants qui recevaient le revenu universel. Si, au début, l’ONG craignait de voir l’argent dépensé n’importe comment par les villageois, le temps à prouver l’inverse. Les habitants ont rapidement su utiliser leur revenu de façon efficace et durable. Certains ont repris des études pour leur permettre d’avoir un emploi qui leur ferait gagner plus, d’autres ont investi dans du matériel afin de créer une petite entreprise pour gagner plus, d’autres encore ont entrepris des travaux afin d’améliorer leur condition de vie…

Apportée mensuellement, cette petite aide a permis aux habitants de réfléchir à un projet d’avenir pour sortir de la pauvreté et de décider par eux-mêmes de la direction à donner à leur vie.

Si les résultats sont positifs, Give Directly se dit être toutefois consciente des limites du don d’argent comme solution à la fin de la pauvreté ou comme alternative à l’aide humanitaire traditionnelle. Une des responsables de l’ONG explique clairement que “le rôle du revenu universel n’est pas de se substituer à l’Etat qui doit continuer son travail de protecteur social. Les habitants ont le droit à des infrastructures décentes et l’Etat a des devoirs à respecter”. “Le revenu universel n’est pas la solution mais peut-être une solution?”.

Mahé – Equipe Le Fil Rouge

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TAÏWAN – TAIPEI : Payer votre carte de transport en commun avec vos déchets

Depuis quelques semaines, Taipei expérimente un nouveau système de recyclage des déchets. Des kiosques ont été installés un peu partout en ville et permettent aux habitants de recharger leur carte de transport en échange de canettes et bouteilles. Véritables pros du tri sélectif, les Taïwanais ne cessent d’améliorer leur capacité citoyenne à gérer le recyclage de leurs déchets.

Depuis quelques semaines, Taipei expérimente un nouveau système de recyclage des déchets. Des kiosques ont été installés un peu partout en ville et permettent aux habitants de recharger leur carte de transport en échange de canettes et bouteilles. Véritables pros du tri sélectif, les Taïwanais ne cessent d’améliorer leur capacité citoyenne à gérer le recyclage de leurs déchets.

“iTrash Kiosques”: Une nouvelle façon de recycler

A Taiwan, la gestion des déchets domestiques est un problème majeur. Petit territoire, il n’existe que peu d’espace pour enfouir les déchets et les possibilités d’incinération sont limitées.

Les déchets ménagers sont collectés par des camions à ordures qui passent deux fois par jour dans les rues des villes. C’est à l’habitant de se rendre au camion. Il ne faut pas rater le coche sinon, il faut attendre le lendemain pour se débarrasser de ses déchets. Cette solution de ramassage des déchets est efficace mais n’est pas amplement satisfaisante puisqu’elle ne laisse pas suffisamment de flexibilité aux habitants. Pour qu’il y ait plus de recyclage et que celui-ci soit plus rapide, il faut plus de poubelles. C’est pourquoi le gouvernement à penser à cette ingénieuse solution de kiosques à plastique, ces “iTrash Kiosques”.

© the associated press

Les kiosques sont gros comme des distributeurs automatiques de billets. Le citoyen y jette des canettes et bouteilles en plastique, la machine les compressent et dépose ensuite pour l’usager, des crédits sur sa carte de transport. Chaque kiosque peut collecter jusqu’à 200 kilogrammes de métal et plastique. La ville prévoit d’installer plus de 10.000 iTrash Kiosques pour subvenir aux besoins de cette capitale qui compte plus de 2.67 millions d’habitants. Le responsable municipal de l’information et de la technologie de Taipei, Lee Wei-bin, déclare que les premiers résultats sur l’utilisation des kiosques à déchets sont très satisfaisants et que la ville a bon espoir de faire de gros progrès en termes de gestion des déchets.

Le comportement exemplaire des Taïwanais

Depuis longtemps, les Taïwanais ont compris l’énorme enjeu d’une bonne gestion de leurs déchets. A Taipei, recycler et trier ses déchets fait partie de la culture. Les habitants respectent les règles à la lettre. Les déchets de Taïwan sont répartis en 11 flux (contre 5 en France), collectés par des camions spécifiques. Un système parfois complexe mais qui a fait ses preuves. Depuis la grave crise des déchets que le pays a connu à la fin des années 80, Taïwan a été obligé de prendre des mesures radicales en termes de gestion de la pollution ménagère. Le gouvernement de Taïwan a fait de sa politique de tri et de recyclage des déchets une priorité nationale dès les années 1990.

TAÏWAN - TAIPEI : Payer votre carte de transport en commun avec vos déchetsPoubelles de tri publiques

En 2003, le gouvernement a même été jusqu’à inscrire son action publique dans une politique du « zéro déchet et zéro enfouissement », s’engageant à franchir des échelons de recyclage chaque année plus importants : 25% en 2007, 40% en 2011, 75% en 2020, etc. De nombreuses mesures ont été prises parallèlement pour rendre le combat contre la pollution plus intense: réduction des emballages plastiques dans la production industrielle, développement des baguettes et des tasses réutilisables, mise en place de circuits de réutilisation des déchets alimentaires dans l’agriculture locale…. Ces mesures, qui sont très chères, sont financées, entre autres, par les producteurs d’emballages. Au nom d’une responsabilité élargie du producteur (la REP), chaque fabricant doit contribuer financièrement au fond national consacré à la collecte et au recyclage des déchets.

Mahé – Equipe Le Fil Rouge

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APPROCHE DESIGN ET APPROCHE SYSTÉMIQUE : DUEL OU DUO ?

Au final, opposer pensée systémique et pensée design semble être bien schématique : la question du « pourquoi » est finalement aussi important que celle du « pour quoi / pour qui ». L’approche systémique est un état d’esprit consistant à considérer une question sous le maximum d’angles … et la pensée design est une méthode vertueuse qui permet d’alimenter cette pensée. L’un et l’autre ne s’opposent donc pas mais s’alimentent mutuellement.
Finalement, la question qui devrait nous occuper n’est-elle pas plutôt celle-ci : puisque l’approche systémique nous montre que les solutions imaginées induiront nécessairement des impacts imprévisibles, quelle posture adopter face à la prise de décision ? Il faut donc accepter que le décideur n’est pas omniscient, qu’il n’a pas réponse à tout, et même qu’il peut se tromper. Bref, il doit accepter de devenir … modeste !
Alors ? Prêts à prendre ce risque ?

Relire ici notre articule publié sur le blog de la 27e région :

Arrivée dans les pratiques, et en France depuis les années 1970 la pensée systémique se veut une nouvelle manière d’appréhender le changement. Plus complète, plus apte à penser la complexité du monde qui nous entoure que les approches préexistantes.

Le 2 juin dernier, Piret Tönurist, en charge de la gouvernance publique à l’OCDE est venue nous présenter les résultats d’un rapport récent sur le sujet, lors d’un déjeuner-débat particulièrement riche en contenu et en discussions.

Pelote de laine ou plat de spaghetti ?

Selon Piret Tönurist les innovations technologiques récentes ont fait connaitre un accroissement sans précédent de la complexité du monde et des échanges. L’OCDE y voit 2 causes majeures : l’accroissement des interdépendances entre les sociétés modernes et l’économie, et les avancées de géants dans le domaine de la technologie. Pour appréhender au mieux cette complexité, l’OCDE propose aux décideurs d’adopter une approche systémique. D’après cette approche, si l’on veut examiner une situation dans sa totalité, il faut prendre en compte l’ensemble des facettes du système mais aussi les liens entre les différentes facettes.

Dans cette optique, les systèmes humains constituent des systèmes vivants en permanente évolution, dans lequel les logiques causales sont tellement entremêlées les unes aux autres qu’il est presque impossible de les démêler. Ils constituent donc des systèmes complexes s’opposant en ce sens aux systèmes technologiques qui ne sont « que » compliqués et qui peuvent faire l’objet d’un éclaircissement. C’est un peu la différence entre un plat de spaghetti et une pelote de laine : avec beaucoup de patience et de minutie, il est possible de démêler les nœuds de la pelote de laine…mais les spaghettis eux, se meuvent en permanence, changent de place, glissent… et forment un système qui n’a ni début, ni fin.

Pour l’approche systémique les systèmes humains sont des plats de spaghettis : quand ils font face à un nœud (= lorsque qu’un dysfonctionnement est constaté), il est impossible d’en distinguer clairement l’origine car celle-ci est par définition plurale et protéiforme. Selon la même logique, il est impossible de trouver LA bonne solution car la mise en place d’une action viendra nécessairement impacter l’ensemble du système, et provoquer des effets collatéraux imprévus car imprévisibles.

Schéma représentant la complexité de la Stratégie Américaine en Afghanistan… difficile de trouver une solution claire non ?

Mais alors… s’il n’est pas possible de comprendre un système dans son ensemble, faut-il continuer d’essayer, et si oui, comment faire ?

La tâche n’est pas simple, mais elle n’est pas impossible. C’est justement parce que chaque décision dépend d’un faisceau très important d’entrants et crée un nombre également important de sortants qu’il est important d’avoir recours à la pensée systémique. Les approches « spécialisées » ne permettent de produire qu’une vision parcellaire (et assumée comme telle) d’une situation. Ainsi, l’audit financier ne permet-il « que » d’avoir une vision de la situation financière, le design d’approfondir l’approche usagers, l’audit RH recherche la vision humaine…etc. Ces méthodologies sont donc précieuses pour obtenir une réponse précise dans un domaine précis, mais sont insuffisantes pour avoir une vision grand angle d’une situation.

La valeur ajoutée l’approche systémique est de chercher à construire une vision globale alliant les méthodologies, croisant les visions, les questions et les impacts. Elle part du spécifique pour (re)construire une généralité en essayant au mieux de tenir compte de la complexité des flux.

On le sent bien, une limite évidente à ce système de pensée est qu’il est par nature impossible de penser à tout, de tout comprendre et de tout prévoir. Mais ce parti-pris est assumé par la pensée systémique : s’il n’est pas possible de tout comprendre alors il faut essayer de penser au maximum de choses. A cette fin, les théoriciens de la pensée système ont construit des « Toolkits », sorte de pense-bête permettant de vérifier que les principaux flux ont bien été étudiés.

Exemple de toolkit : la table périodique du changement systémique, où chaque item constitue un facteur à intégrer à la réflexion (Labo MaRS à Toronto, Canada)

Comment dès lors concilier cette approche et les autres méthodes d’analyse des situations et de construction de solution ? Est-ce que les autres modes d’analyse n’ont pas leur place ?

L’intervention de Piret Tönurist a provoqué de vifs émois au sein de la communauté de la 27e Région: s’il faut tout penser de manière systémique, est-ce que cela ne limite pas l’action ? Si l’on pense l’organisation comme un système…où s’arrête le système ? Et surtout, si la pensée systémique est la pensée du 21e siècle, quelle est la place de la pensée design ?

Arrêtons-nous sur ce dernier point.

Le design est une méthode précieuse pour construire collectivement une cible fédératrice et au plus proche des besoins des usagers et acteurs. Son utilisation produit un cercle vertueux re-mobilisateur autour de solutions nouvelles. Toutefois, est-ce que ces solutions ne pourraient pas gagner encore en robustesse et en pérennité si elles étaient pensées plus largement ? A ce titre, est-ce que l’approche systémique ne permet pas d’ouvrir le champ de réflexion et d’intégrer de nouvelles pistes à la réflexion et à la construction de solutions ?

Inversement, si la recherche d’exhaustivité de l’approche systémique est séduisante force est de constater qu’elle ne peut pas être employée dans sa forme pure : trop ouverte, trop large, elle constituerait un frein à la décision et à l’action. Il faut donc en retenir son enseignement central : seule une réelle diversité des regards posés sur une situation permet de véritablement la comprendre. Il faut en conséquence favoriser la pluridisciplinarité et accepter de travailler au sein de frontières pré-définies (sur quelles données allons-nous nous appuyer et jusqu’où va-ton agir ?) et directement dépendantes de la composition et des compétences de l’équipe à l’œuvre.

Au final, opposer pensée systémique et pensée design semble être bien schématique : la question du « pourquoi » est finalement aussi important que celle du « pour quoi / pour qui ». L’approche systémique est un état d’esprit consistant à considérer une question sous le maximum d’angles … et la pensée design est une méthode vertueuse qui permet d’alimenter cette pensée. L’un et l’autre ne s’opposent donc pas mais s’alimentent mutuellement.

Finalement, la question qui devrait nous occuper n’est-elle pas plutôt celle-ci : puisque l’approche systémique nous montre que les solutions imaginées induiront nécessairement des impacts imprévisibles, quelle posture adopter face à la prise de décision ? Il faut donc accepter que le décideur n’est pas omniscient, qu’il n’a pas réponse à tout, et même qu’il peut se tromper. Bref, il doit accepter de devenir … modeste !

Alors ? Prêts à prendre ce risque ?

Par Marine Parent, Oyena Consulting, avec Stéphane Vincent, La 27e Région.

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